Comores : 14 ministres sur 15 contre le fils du président

Une bombe lâchée depuis l’intérieur même du pouvoir. L’ancien ministre Mahamoud Salim Hafi a révélé, ce mardi 21 juillet 2026, qu’une quasi-totalité du gouvernement comorien aurait dénoncé le fils du président Azali Assoumani.

Une lettre confidentielle signée par 14 ministres

Mahamoud Salim Hafi, ancien secrétaire général adjoint du gouvernement, a fait cette révélation sur les ondes de FCBK FM. Selon lui, quatorze des quinze ministres du gouvernement auraient cosigné une lettre confidentielle adressée au président Azali Assoumani. Ce courrier dénoncerait les blocages de l’action gouvernementale et les ministres les imputeraient à Nour El Fath Azali, fils du chef de l’État et secrétaire général du gouvernement. À ce stade, le contenu exact de cette lettre n’a pas été rendu public. D’ailleurs, cette fronde interne marque un tournant, puisqu’elle émane cette fois du cœur même du pouvoir et non de la seule opposition traditionnelle.

Des pouvoirs élargis, une constitutionnalité contestée

Nour El Fath Azali a été nommé secrétaire général du gouvernement en juillet 2025. Un décret publié un mois plus tard avait considérablement élargi ses attributions. Désormais, chaque arrêté ministériel ou gouvernorial doit recevoir sa signature avant d’entrer en vigueur. Cela, qu’il émane d’un ministère ou d’un gouverneur d’île. Par ailleurs, la Cour suprême comorienne avait été saisie par un citoyen dénonçant une mesure jugée inconstitutionnelle, contraire au principe d’autonomie insulaire propre à l’archipel. Plusieurs opposants y voient une tentative de consolidation dynastique du pouvoir. Le pays, en effet, a une présidence tournante entre les trois îles, qui reste un principe constitutionnel fondateur.

Un revirement inattendu de l’accusateur

Le profil du lanceur d’alerte ajoute à la portée politique de cette affaire. En janvier 2025, ce même Mahamoud Salim Hafi était monté au créneau pour défendre le pouvoir, lors d’une précédente polémique sur la succession présidentielle. À ce moment, il avait affirmé qu’Azali Assoumani n’avait jamais annoncé vouloir transmettre le pouvoir à son propre fils. Cependant, un an et demi plus tard, cet ancien fidèle du régime accuse désormais publiquement le fils du président d’être à l’origine des blocages dénoncés par la quasi-totalité du gouvernement. Cette volte-face interroge sur les motivations réelles de cette sortie médiatique. Cela se situe entre règlement de comptes personnel et repositionnement politique.

Une question de succession qui ne s’éteint pas

Le président Azali Assoumani avait lui-même évoqué publiquement, en janvier 2025, sa volonté de voir son fils lui succéder à la tête de l’État et de son parti. Pourtant, la Constitution comorienne prévoit que la présidence doit revenir, en 2029, à une personnalité originaire de l’île d’Anjouan. Azali avait déjà modifié la loi fondamentale en 2018 pour s’octroyer un second mandat. Ce précédent alimente aujourd’hui les craintes d’une nouvelle révision constitutionnelle taillée sur mesure. En outre, cette crise interne fragilise un pouvoir déjà affaibli par la suspension de la coopération européenne, décidée après la fermeture de la Cour constitutionnelle et de la Cour anticorruption comoriennes.

Le pouvoir comorien peut-il survivre à une fronde venue de son propre gouvernement, plutôt que de la seule opposition ?

Xolomo Tokpa

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