Un geste d’apaisement sous haute tension. La coalition d’opposition C64 a annoncé, ce lundi 20 juillet 2026, le report de sa marche contre la réforme constitutionnelle, prévue initialement ce mercredi à Kinshasa.
Les Églises en médiatrices
Cette manifestation devait dénoncer le projet de modification constitutionnelle porté par le camp présidentiel. Elle réclamait aussi la démission du président Félix Tshisekedi. La décision de report fait suite à une rencontre tenue le 18 juillet à l’Archevêché de Kinshasa. La Conférence épiscopale nationale du Congo et l’Église du Christ au Congo y ont sollicité ce report auprès des responsables de la C64. Ces deux confessions religieuses avaient été chargées par Tshisekedi d’organiser un dialogue national « inclusif, apaisé et résolument républicain ».
Un ultimatum fixé au 15 août
Le communiqué de la coalition, signé notamment par Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, pose une échéance claire. Si le dialogue national inclusif n’est pas officiellement convoqué avant le 15 août, ou si les engagements annoncés restent lettre morte, la C64 se réserve le droit d’en tirer « toutes les conséquences politiques ». Elle prévient notamment contre toute provocation, en particulier la poursuite du processus de révision constitutionnelle ou la promulgation d’une loi sur le référendum.
Un double report qui profite à Tshisekedi
Cette marche s’ajoute à une autre mobilisation déjà retardée ces derniers jours. Plusieurs observateurs estiment que le président Tshisekedi reprend ainsi la main sur la situation politique nationale. En l’espace de quelques jours, deux manifestations à fort potentiel de mobilisation se retrouvent différées, voire atténuées. Reste à savoir si cette accalmie temporaire débouchera sur un dialogue réellement inclusif, ou si elle ne fait que repousser une confrontation devenue inévitable entre pouvoir et opposition.
Le spectre d’un troisième mandat
Le fond du contentieux touche à la limitation des mandats présidentiels, verrou constitutionnel hérité de la Constitution de 2006. La C64 réaffirme son opposition à toute révision susceptible de remettre en cause cette limitation. Ce débat rappelle des précédents similaires ailleurs sur le continent, notamment en Côte d’Ivoire en 2020 et récemment au Zimbabwe, où des réformes constitutionnelles ont permis à des présidents sortants de prolonger leur mandat. La RDC, elle, n’a jamais connu de transition pacifique du pouvoir depuis son indépendance en 1960.
Le dialogue national annoncé par Tshisekedi débouchera-t-il sur de vraies réponses, ou ne fait-il que gagner du temps ?
Xolomo Tokpa

