Le géant pétrolier ouest-africain retrouve son souffle. La production nigériane de brut a atteint, selon des données publiées ce mardi 14 juillet 2026, son plus haut niveau depuis six ans.
Un quota OPEP désormais dépassé
Le Nigeria a produit en moyenne 1,56 million de barils de brut par jour en juin, selon la Commission nigériane de régulation du secteur pétrolier amont (NUPRC). Ce volume représente 104% du quota d’environ 1,5 million de barils fixé par l’OPEP. En intégrant les condensats, la production totale atteint 1,735 million de barils par jour, un quatrième mois consécutif de hausse. Par ailleurs, ce niveau constitue le plus haut atteint depuis avril 2020.
À cette date, le Nigeria produisait encore autour de 1,4 million de barils par jour avant plusieurs années de déclin. Le gouvernement nigérian maintient son objectif à plus long terme de 2 millions de barils par jour. De plus, ce dépassement marque une rupture nette avec la trajectoire déclinante observée depuis 2019.
À l’époque, les vols de brut et les sabotages d’oléoducs avaient rogné les volumes extraits dans le delta du Niger. Le sous-investissement chronique des majors pétrolières avait aggravé cette érosion progressive de la production nationale. Ce rebond survient alors qu’ExxonMobil vient d’annoncer, début juillet, un investissement d’un milliard de dollars dans le projet offshore Usan Infill.
Un delta du Niger enfin plus sûr
La NUPRC attribue directement cette hausse à « la stabilité des opérations sur la plupart des sites » et à « l’absence de perturbations majeures sur les oléoducs ». D’anciens militants, autrefois auteurs de sabotages, ont été recrutés pour assurer désormais la sécurité de ces mêmes infrastructures. Terminal par terminal, la progression se confirme : Bonny a produit en moyenne 318 280 barils par jour en juin, contre 293 880 en mai. Par ailleurs, Forcados a suivi avec 306 360 barils par jour, contre 289 900 le mois précédent.
Un précédent comparable existe en Angola, deuxième producteur africain, dont la production avait chuté de 16% entre 2019 et 2020. À ce moment, elle passait de 1,4 million à 1,145 million de barils par jour. Après un pic historique à 2 millions de barils par jour en 2008, l’Angola a depuis stabilisé sa production autour de 1,1 million de barils. Ce niveau reste loin de son niveau d’avant déclin. La comparaison illustre combien la sécurité des infrastructures conditionne directement les volumes extraits sur le continent africain.
Une manne budgétaire vitale pour Abuja
Le pétrole demeure la première source de devises étrangères du Nigeria. Il finance une part substantielle du budget fédéral et des budgets des États pétroliers. Cette remontée de la production intervient à un moment stratégique pour l’économie nigériane. De plus, le pays cherche à stabiliser sa monnaie, le naira, après plusieurs dévaluations successives. Elle survient aussi alors que Washington intensifie sa présence diplomatique dans la région. Ainsi, une tournée du nouveau secrétaire d’État adjoint pour l’Afrique est prévue du 11 au 18 juillet. Celle-ci inclura une étape à Abuja.
Un rebond qui reste fragile
Les experts du secteur restent prudents sur la pérennité de cette embellie pétrolière. Le vandalisme des installations reste un risque structurel dans le delta du Niger. La volatilité des cours mondiaux du pétrole complique aussi toute projection budgétaire fiable. Le Nigeria mise également sur la diversification économique, à travers l’agriculture et le numérique, pour réduire sa dépendance historique aux hydrocarbures. Reste que ce retour au premier plan pétrolier africain confirme, pour l’instant, la capacité du pays à corriger une trajectoire de déclin. Pourtant, ce déclin semblait durablement installé depuis 2019.
Ce rebond pétrolier nigérian marque-t-il un vrai tournant, ou une simple parenthèse avant la prochaine crise du delta ?
Xolomo Tokpa

