Une « douleur nationale », selon les mots du ministre. À quelques heures de la publication des résultats du baccalauréat, la Guinée reste marquée par la disparition d’un jeune candidat de Kindia.
Un candidat condamné pour fraude, puis hospitalisé
Mamadou Djouma Bah, 17 ans, élève au Groupe scolaire privé Souleymane Thiam, avait été interpellé le 2 juillet lors des opérations de sécurisation du baccalauréat unique à Kindia. Il a été jugé et condamné pour fraude aux épreuves. Ensuite, il purgeait une peine à la maison centrale de la ville. Selon le procureur de la République près le tribunal de Kindia, le jeune homme souffrait de rhumatismes et avait été transporté à deux reprises à l’hôpital régional pour y recevoir des soins. Sa famille évoque de son côté une drépanocytose, maladie héréditaire pouvant entraîner de graves complications. Il avait été remis à ses parents avant de rendre l’âme à l’hôpital, le 21 juillet.
Le ministre promet « toute la lumière »
Le ministre de l’Éducation nationale, Alpha Bacar Barry, a exprimé sa profonde émotion lors d’une allocution publique. Il a présenté ses condoléances à la famille, à ses camarades de classe et aux populations de Kindia et de Pita. Il a qualifié cette disparition de « douleur nationale ». Au nom du président Mamadi Doumbouya, il a assuré que « toute la lumière » serait faite sur cette affaire. De plus, il a précisé que les autorités judiciaires poursuivaient leurs investigations en toute indépendance pour établir les responsabilités. En outre, il a également garanti que les droits des personnes interpellées pour fraude seraient respectés durant la suite de la procédure.
Une mobilisation citoyenne et associative
Des centaines d’élèves ont manifesté dans les rues de Kindia le 22 juillet pour exiger justice. Ils réclament un réexamen des peines de prison prévues contre les candidats reconnus coupables de fraude aux examens nationaux. L’Association des Fondateurs des Écoles Privées de Guinée a publié une déclaration demandant l’ouverture d’une enquête indépendante. Par ailleurs, le parquet général près la Cour d’appel de Conakry a annoncé qu’il examinerait le dossier le 27 juillet. Cela fait suite à un appel formé par le parquet de Kindia contre le jugement initial. Sept candidats au total, trois filles et quatre garçons, avaient été interpellés et condamnés à un mois de prison ferme dans cette même affaire.
Un débat de fond sur la sévérité judiciaire
Cette tragédie relance un débat plus large sur la proportionnalité des sanctions pénales appliquées aux jeunes candidats fraudeurs. Plusieurs voix, dans la société civile guinéenne, questionnent l’opportunité d’emprisonner des mineurs pour des faits de triche scolaire. Le ministre a par ailleurs annoncé une session de rattrapage inédite pour la session du baccalauréat 2026. À ce stade, il n’a pas détaillé les modalités précises de cette mesure. En effet, cette affaire illustre la tension persistante entre la volonté affichée de lutter fermement contre la fraude aux examens. Toutefois, elle souligne aussi le respect des droits fondamentaux des jeunes candidats concernés.
La Guinée peut-elle durcir la lutte contre la fraude scolaire sans sacrifier les droits fondamentaux de ses jeunes candidats ?
Xolomo Tokpa

