Un ancien président de la République est en train de mourir derrière les barreaux. Son pronostic vital est engagé, selon des médecins. Des dizaines d’anciens hauts responsables de l’État supplient le président en exercice d’autoriser son évacuation sanitaire. La question de la Comores Sambi évacuation prison occupe désormais le devant de la scène. Azali Assoumani n’a pas encore répondu. Les Comores retiennent leur souffle.
Qui est Ahmed Abdallah Sambi ?
Ahmed Abdallah Sambi a présidé l’Union des Comores de 2006 à 2011. Il avait gouverné sous le surnom de « Raïs au turban », figure islamiste modérée dans un archipel profondément croyant. Après son mandat, il est devenu le principal opposant politique à Azali Assoumani. Une opposition qui lui a coûté très cher.
En 2018, il est arrêté. En 2022, il est condamné à la perpétuité pour haute trahison par la Cour de sûreté de l’État — une juridiction d’exception qui n’offre aucun recours. Le motif : la gestion du programme de « citoyenneté économique », permettant à des apatrides des pays du Golfe d’obtenir un passeport comorien contre rémunération.
Un état de santé critique, une mobilisation inédite
Depuis mai 2026, les alertes se multiplient. Des documents médicaux publiés par La Gazette des Comores font état d’une asthénie généralisée — une fatigue extrême et brutale. Des médecins évoquent un pronostic vital compromis. Sambi parlerait à peine. Les crises se produiraient presque quotidiennement.
Face à cette situation, la classe politique comorienne se mobilise comme rarement. Un ancien chef d’État, six anciens Premiers ministres — lettre collective datée du 26 mai — plusieurs anciens vice-présidents, présidents d’institutions, et trente-cinq anciens députés ont écrit au président Azali Assoumani. Tous demandent un geste humanitaire : autoriser l’évacuation de Sambi vers un pays disposant d’un meilleur plateau médical.
Azali face à un dilemme politique et moral
Du côté du pouvoir, Houmed Msaidié, conseiller politique du chef de l’État, demande qu’on attende l’avis de plusieurs médecins avant toute décision judiciaire. Une réponse mesurée, qui laisse la porte ouverte — sans rien promettre.
Azali Assoumani se trouve dans une position délicate. Accéder à la demande, c’est reconnaître implicitement que Sambi est maintenu dans des conditions indignes. C’est aussi risquer de libérer son principal adversaire politique. Refuser, c’est assumer devant l’opinion — et devant la communauté internationale — la mort possible d’un ancien président en prison.
Le précédent existe : en 2020, un juge d’instruction avait autorisé une évacuation sanitaire. Elle n’avait jamais été exécutée. Six ans après, le même dossier revient — dans une version bien plus grave.
Un signal sur l’état des droits aux Comores
L’affaire Sambi révèle une fracture profonde dans la démocratie comorienne. Un État où un ancien président peut être condamné à perpétuité par une juridiction d’exception, sans recours, et maintenu en détention malgré son état de santé critique, est un État qui a un problème avec l’État de droit.
Les Comores ne font pas souvent la une de l’actualité continentale. Cette fois, elles y sont — sous les pires auspices. Ce qui se passe dans la cellule de Sambi est un révélateur brutal des dérives d’un régime qui a progressivement concentré le pouvoir depuis 2019.
La question n’est plus seulement médicale. Elle est politique, morale, et historique. Comment l’histoire jugera-t-elle ceux qui ont laissé mourir un ancien chef d’État plutôt que de lâcher une décision judiciaire ?
Les Comores peuvent-elles revendiquer un État de droit tant qu’un ancien président agonise dans une prison sans recours possible ?
Xolomo Tokpa

