Trois ans, sans procès ni horizon. Les avocats de Mohamed Bazoum ont exigé, ce vendredi 24 juillet 2026, sa « libération immédiate et sans condition ». En effet, sa détention entre dans sa quatrième année.
Un couple séquestré dans deux pièces
Mohamed Bazoum et son épouse Hadiza sont détenus depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, mené par le général Abdourahamane Tiani. Le couple vit confiné dans une aile du palais présidentiel de Niamey, transformée en prison de haute sécurité. Par ailleurs, sans accès à un avocat pendant de longs mois, ils bénéficient désormais d’échanges hebdomadaires avec leurs enfants. C’est une seule évolution notable en trois ans. Le collectif international de ses avocats, coordonné par Me Mohamed Seydou Diagne, affirme que « toutes les voies légales » ont été épuisées. Il qualifie l’ancien président d’« otage politique, utilisé comme bouclier humain pour protéger les putschistes ».
Ni procès, ni libération, ni exécution
La Cour d’État nigérienne a levé l’immunité présidentielle de Bazoum il y a deux ans. Les autorités avaient promis de le poursuivre pour « haute trahison », un crime passible de la peine de mort. Cependant, aucune procédure judiciaire n’a pourtant été officiellement enclenchée à ce jour. Ce statu quo permet à la junte d’éviter une confrontation judiciaire directe. De plus, il permet de maintenir la pression politique sur son prédécesseur. Cette stratégie de l’entre-deux, ni jugement ni libération, rappelle une tactique déjà observée en Guinée équatoriale et au Zimbabwe. Dans ces pays, d’anciens dirigeants renversés avaient été maintenus dans un flou juridique prolongé pour neutraliser leur influence politique.
Une souveraineté revendiquée contre le droit international
Le Parlement européen avait adopté, le 12 mars 2026, une résolution appelant à la libération de Bazoum avant la fin de son mandat présidentiel. Ce texte, voté à une large majorité de 524 voix contre 2, dénonçait une détention jugée arbitraire par les Nations unies elles-mêmes. Néanmoins, cette position a été rejetée par les autorités nigériennes et leurs alliés de l’Alliance des États du Sahel. En effet, ils y voient une ingérence occidentale inacceptable. Cette position illustre la doctrine souverainiste défendue par les régimes militaires du Sahel. Ceux-ci opposent systématiquement leur droit interne aux injonctions extérieures, quelle qu’en soit l’origine.
Un symbole qui s’estompe dans l’indifférence
Le mandat électoral de Bazoum, entamé en avril 2021 avec 55% des suffrages, a officiellement pris fin en avril 2026 sans la moindre commémoration à Niamey. Human Rights Watch a dénoncé, en juillet 2025 déjà, un « mépris pour l’État de droit » de la part de la junte militaire. Cependant, cette dénonciation reste sans effet concret sur le terrain. À mesure que les mois passent, le sort de Bazoum semble se diluer derrière d’autres priorités diplomatiques internationales. Ainsi, l’ancien président et son épouse restent dans une incertitude totale, devenus malgré eux le symbole vivant d’une région où les coups d’État se multiplient sans issue institutionnelle claire.
Combien d’années encore Mohamed Bazoum devra-t-il incarner, seul, la résistance du droit face à la force au Sahel ?
Xolomo Tokpa

