Le 31 mai 2026, les Guinéens étaient convoqués aux urnes pour un double scrutin : législatif et communal. Les Guinée élections législatives Doumbouya de cette année-là étaient attendues avec beaucoup d’incertitude. La scène était écrite d’avance. L’opposition avait boycotté. Les principaux partis historiques avaient été dissous. Et le GMD — Génération pour la modernité et le développement, le mouvement de Mamadi Doumbouya — caracolait en tête partout où les résultats provisoires tombaient. Bienvenue dans la Guinée de la « Nouvelle République ».
Un scrutin qui achève la séquence Doumbouya
Ce double scrutin représentait officiellement la dernière étape du retour à l’ordre constitutionnel. Depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, le général Doumbouya avait promis une transition. Elle a pris cinq ans, une nouvelle Constitution approuvée par référendum en septembre 2025, une élection présidentielle remportée avec 86,72 % en décembre 2025, et maintenant ces législatives.
Le Conseil national de transition (CNT), qui tenait lieu de parlement depuis 2021, est désormais dissous. Une Assemblée nationale de 147 membres va lui succéder. Selon les premiers résultats provisoires publiés par la Direction générale des élections, le GMD domine très largement dans les circonscriptions déjà dépouillées. Le FRONDEG d’Abdoulaye Yéro Baldé — seule formation ayant finalement participé — s’accroche dans quelques localités.
L’opposition parle de mascarade, les chiffres posent question
Les Forces vives de Guinée avaient appelé au boycott. Leur déclaration après le scrutin est sans nuance : « Ce dimanche 31 mai 2026 restera gravé dans la conscience démocratique de notre pays. L’écrasante majorité du peuple guinéen a choisi de boycotter massivement ces élections. »
La faiblesse de l’affluence constatée à Conakry par des journalistes de l’AFP accrédite en partie ce récit. Les grandes formations historiques étaient absentes : l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, l’UFR de Sidya Touré, le RPG d’Alpha Condé — tous dissous par décret en mars dernier. Ces partis avaient structuré la vie politique guinéenne pendant des décennies. Leur dissolution résulte d’une décision politique, pas d’un processus judiciaire ordinaire.
Comment Doumbouya a verrouillé le jeu
Le séquençage est implacable. D’abord, une nouvelle Constitution supprimant l’interdiction faite aux membres de la junte de se présenter. Ensuite, une élection présidentielle sans adversaire d’envergure — les leaders de l’opposition étaient en exil ou emprisonnés. Puis la dissolution des partis historiques en mars 2026. Et enfin, des législatives organisées dans ce paysage politique vidé de toute opposition crédible.
L’Institut d’Études de Sécurité alertait avant le vote sur le « risque que des structures politiques soient dominées par une seule force, avec un affaiblissement des contre-pouvoirs ». L’analyse s’est confirmée.
Après les urnes : quelle Guinée ?
Une question supplémentaire agite Conakry : le gouvernement de Bah Oury doit-il démissionner maintenant que la transition est officiellement terminée ? La Constitution ne l’y oblige pas formellement. Mais la logique politique pourrait conduire à un remaniement. Doumbouya garderait ainsi la main sur la recomposition de l’exécutif.
La Guinée est riche. En bauxite, en fer, en potentiel hydroélectrique. Le projet Simandou entre dans sa phase active. Mamadi Doumbouya a été distingué « Grand Bâtisseur 2026 » par la Banque africaine de développement. Sur le terrain économique, les signaux sont positifs. Sur le terrain politique, la Guinée ressemble de plus en plus à un régime à parti dominant — avec des institutions formellement démocratiques et un pluralisme réel réduit à sa plus simple expression.
Le vernis est propre. Le fond mérite examen.
Peut-on parler de retour à la démocratie quand les partis d’opposition ont été dissous avant les élections ? Ou la Guinée est-elle en train d’inventer un autoritarisme légalisé, développement assumé ?
Xolomo Tokpa

