Zimbabwe : le pari risqué de l’industrialisation du lithium

Un compte à rebours industriel qui inquiète. Le Zimbabwe, premier producteur africain de lithium, veut interdire l’exportation de concentrés bruts à partir de janvier 2027. Cependant, ses usines locales ne suivent pas le rythme.

Une échéance fixée depuis 2022

Harare avait déjà interdit l’exportation de minerai brut de lithium en 2022, pour pousser les compagnies minières à transformer sur place. La prochaine étape, plus radicale, vise cette fois le concentré de spodumène lui-même. Le ministère des Mines exige des engagements écrits et des calendriers précis pour la construction d’usines de sulfate de lithium avant le 1er janvier 2027. En attendant, une taxe à l’exportation de 10% continue de s’appliquer sur les concentrés. Le Zimbabwe a exporté 1,128 million de tonnes métriques de concentré en 2025. Ce volume est considérable pour l’économie du pays.

Une seule usine, plusieurs producteurs

Selon un responsable du secteur cité par Reuters, la seule usine de sulfate de lithium actuellement en service n’a pas la capacité de traiter les minerais de tous les autres producteurs. L’usine de Zhejiang Huayou Cobalt, d’un coût de 400 millions de dollars, dispose d’une capacité de plus de 50 000 tonnes de sulfate par an. Elle a lancé sa première production début 2026. Dans le même temps, Sinomine construit une usine de 500 millions de dollars sur son site de Bikita. Mais d’autres opérateurs, notamment ceux qui n’ont pas encore investi dans ce type d’infrastructure, restent dépourvus de solution de transformation locale.

Un secteur qui réclame un délai

Face à ce goulot d’étranglement, l’Association des producteurs de lithium du Zimbabwe a demandé un report de l’interdiction. Son président, Innocent Rukweza, a réclamé un délai supplémentaire de six mois lors d’une conférence minière à Victoria Falls. « Nous demandons un peu de souplesse, car l’échéance actuelle pourrait s’avérer trop courte », a-t-il déclaré. Le ministère des Mines n’avait pas immédiatement répondu à cette requête. Par ailleurs, les entreprises chinoises, qui dominent le secteur, ont investi environ 2 milliards de dollars depuis 2021 dans les actifs miniers zimbabwéens.

Un pari industriel à haut risque

Le Zimbabwe dispose de réserves estimées à 126 millions de tonnes de lithium, un minerai stratégique au cœur de la rivalité sino-américaine sur les métaux de batteries. Le secteur prévoit une production annuelle de 344 000 tonnes de sulfate de lithium d’ici 2030. Cependant, la capacité actuelle reste largement insuffisante. Les prix mondiaux du lithium ont pourtant chuté de près de 90% en deux ans. Cela fragilise la rentabilité de ces investissements coûteux. Ce pari industrialiste rappelle celui tenté par la Guinée sur l’or ou par le Nigeria sur le gaz. En effet, il s’agit de transformer localement une ressource stratégique, au risque d’un goulot d’étranglement si les infrastructures ne suivent pas à temps.

Le Zimbabwe risque-t-il de paralyser sa propre filière lithium en imposant une échéance que ses usines ne peuvent pas encore tenir ?

Xolomo Tokpa

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