L’eau devient une affaire de chefs d’État. N’Djamena a ouvert, ce mercredi 15 juillet 2026, le tout premier Forum africain de l’eau, sous le thème « De la vision à l’action ».
Une étape continentale de Water Forward
Le forum constitue la première déclinaison africaine de Water Forward. Cette initiative mondiale, lancée en avril par la Banque mondiale, vise à sécuriser l’accès à l’eau pour un milliard de personnes d’ici 2030. Plusieurs chefs d’État ont fait le déplacement à N’Djamena. Le président béninois Romuald Wadagni et le président congolais Félix Tshisekedi comptent parmi les arrivants de la première journée. Le maréchal-président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a présidé la cérémonie d’ouverture. La directrice des opérations de la Banque mondiale, Anna Bjerde, a également pris la parole.
Un ton offensif face aux bailleurs
Le président tchadien a rompu avec la retenue diplomatique habituelle de ce type de sommet. Il a sommé les bailleurs internationaux d’honorer enfin leurs engagements financiers. Le Tchad a profité de sa position d’hôte pour présenter son propre « Pacte pour l’eau ». Ce texte évalue à 3,8 milliards de dollars les besoins d’investissement sur cinq ans. Environ 20% de cette somme, soit 75 milliards de francs CFA, doit provenir de ressources nationales tchadiennes. Le plan vise notamment à porter la disponibilité en eau de N’Djamena à 150 000 mètres cubes par jour.
Une annonce surprise sur la libre circulation
Le président Déby a profité de la tribune pour une annonce inattendue. Il a déclaré que le Tchad supprimerait les visas d’entrée pour tous les Africains. Cette mesure doit entrer en vigueur dès le 1er juillet prochain, selon ses propos. Le président congolais Tshisekedi a de son côté plaidé pour une approche moins cloisonnée de la gouvernance hydrique. Il estime que sécurité hydrique, souveraineté agricole et développement énergétique forment un ensemble indissociable. Un précédent comparable existe au Rwanda, où l’accès à l’eau potable est passé de 74% à 87% de la population entre 2010 et 2020.
Le vrai test : transformer les annonces en décaissements
Les discussions ont largement porté sur la bancabilité des projets africains d’infrastructures hydrauliques. L’enjeu est de structurer des projets suffisamment solides pour attirer des capitaux privés. Le sommet doit se conclure ce jeudi par la signature de la Déclaration de N’Djamena sur l’eau. Elle doit être suivie du lancement de pactes nationaux sur l’eau, pays par pays. Le Tchad avait déjà mobilisé plus de 20 milliards de dollars d’accords à Abou Dhabi en novembre 2025, pour son plan national de développement. Reste à savoir si N’Djamena tiendra ses promesses mieux que ce précédent.
Les grandes déclarations de N’Djamena se traduiront-elles enfin en robinets qui coulent dans les foyers africains ?
Xolomo Tokpa

