Frapper la guerre au portefeuille. Cette UE interdiction de l’or au Soudan est une mesure forte : l’Union européenne a annoncé, ce lundi 13 juillet 2026, l’interdiction d’importer de l’or soudanais, pour tarir une source clé de financement du conflit.
Or, mercure et cyanure visés
La mesure interdit l’achat, l’importation et le transfert d’or en provenance du Soudan. Elle interdit également l’exportation vers le pays de mercure et de cyanure, utilisés dans l’exploitation aurifère. Le Conseil de l’Union européenne affirme que « l’or est devenu une source de revenu majeure alimentant le conflit ». Le Soudan compte parmi les plus gros producteurs d’or du continent africain. Une large part de cet or serait exportée en contrebande vers des places de négoce mondiales, via des pays voisins.
Une guerre qui a déplacé 14 millions de personnes
Le conflit oppose depuis avril 2023 l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide. Il a déjà déplacé plus de 14 millions de personnes à l’intérieur et hors du pays. Plus de 28 millions de Soudanais font face à une faim aiguë, selon les chiffres cités par l’UE. Les paramilitaires contrôlent les mines d’or du Darfour et du Kordofan, régions de l’ouest et du centre. L’armée régulière, elle, contrôle les gisements aurifères de l’est et du nord du pays. Cette répartition explique pourquoi l’or finance aujourd’hui les deux camps du conflit, selon les experts du secteur.
Un précédent sur les diamants du sang
Ce type de sanction ciblant une ressource naturelle n’est pas inédit sur le continent africain. Le processus de Kimberley, lancé en 2003, avait cherché à endiguer le commerce des « diamants du sang » originaires du Liberia et de Sierra Leone. Ces certifications avaient réduit, sans l’éliminer totalement, le financement des conflits par les pierres précieuses. Les experts avertissent que les sanctions seules ne suffiront pas à stopper le trafic d’or soudanais. Ils appellent les grandes places mondiales de négoce et les routes de transit régionales à renforcer elles aussi leurs contrôles.
Une pression économique parmi d’autres
Cette interdiction s’ajoute à d’autres mesures prises récemment contre les belligérants soudanais. Un tribunal de Port-Soudan a condamné, le 12 juillet, le chef des FSR Mohamed Hamdan Daglo à la peine de mort par contumace. Le Parlement européen a par ailleurs appelé les États membres à classer les FSR comme organisation terroriste. Ces initiatives convergentes traduisent une volonté occidentale croissante d’isoler financièrement et diplomatiquement les paramilitaires soudanais. Reste à savoir si cette pression cumulée suffira à modifier le rapport de force sur le terrain, où la guerre s’enlise depuis plus de trois ans.
Les sanctions économiques peuvent-elles vraiment assécher une guerre financée par un or largement introuvable une fois exporté ?
Xolomo Tokpa

