Le ton était direct, presque frontal. Le Premier ministre burkinabè Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a reçu, ce jeudi 16 juillet 2026, le président de la Commission de l’Union africaine. Cela s’est fait pour une audience sans détour.
Une visite inaugurale à Ouagadougou
Mahamoud Ali Youssouf effectuait sa première visite officielle au Burkina Faso depuis sa prise de fonctions. Il a présenté au chef du gouvernement les enseignements tirés de ses rencontres avec les départements sectoriels burkinabè. Par ailleurs, il a salué la dynamique actuelle du pays, perceptible selon lui à travers les indicateurs statistiques comme sur le terrain. Le président de la Commission a particulièrement apprécié la mobilisation citoyenne en faveur du développement endogène. Il a ajouté que ce thème est cher aux autorités de transition.
« La main qui reçoit est toujours en dessous de celle qui donne »
Le Premier ministre a dressé un constat sévère du fonctionnement actuel de l’organisation continentale. Il a appelé à une véritable refondation de l’Union africaine. Celle-ci devrait porter sur son fonctionnement, ses mécanismes de décision et son mode de financement. « On se bat pour exister et, pendant ce temps, à l’Union africaine, on est dans des discours de principe », a-t-il déclaré. Ainsi, il a insisté sur la dépendance financière de l’organisation vis-à-vis des partenaires extérieurs, qu’il juge incompatible avec une réelle autonomie d’action. « Personne ne nous financera par philanthropie. Personne ! », a-t-il martelé devant son hôte.
Une solidarité sahélienne réclamée
Le chef du gouvernement burkinabè a également demandé un engagement plus fort de l’UA face au terrorisme dans la région. Selon lui, les réponses apportées jusqu’ici aux défis sécuritaires du Sahel sont insuffisantes. Mahamoud Ali Youssouf a répondu avoir bien compris la volonté du Burkina Faso de consolider sa souveraineté et de rejeter toute ingérence extérieure. Il a rappelé que le pays demeure un membre fondateur de l’organisation panafricaine. Celle-ci remonte à l’ex-Organisation de l’unité africaine créée en 1963. Il a également exprimé la solidarité de l’UA face à une menace jihadiste jugée continentale.
Un dialogue maintenu malgré la suspension politique
Le Burkina Faso reste écarté des réunions politiques de l’Union africaine depuis le coup d’État de septembre 2022. En outre, Mahamoud Ali Youssouf a précisé que la posture de la Commission consiste à « ne pas rompre un dialogue » avec Ouagadougou. Lors de ce séjour, il a rencontré successivement le capitaine Ibrahim Traoré, le ministre des Affaires étrangères et le Premier ministre. Par ailleurs, la Commission dit avoir pris acte de l’adoption, en mars 2026, d’une nouvelle charte par les autorités burkinabè. Elle demande néanmoins le respect des engagements pris dans le cadre de la charte africaine sur la démocratie et les élections.
L’Union africaine peut-elle réellement se réformer sous la pression de ses membres les plus contestataires ?
Xolomo Tokpa

