La justice internationale affirme progresser. Ce mercredi 8 juillet 2026, la Cour pénale internationale a annoncé avoir relié des atrocités commises au Darfour à des responsables de haut niveau.
Des preuves qui remontent la chaîne de commandement
La procureure adjointe de la CPI a livré ces informations dans un point presse. Les enquêteurs se concentrent désormais sur les violences commises à El-Geneina et à El-Fasher. Ces deux villes de l’ouest soudanais ont été durement frappées par la guerre. Depuis avril 2023, elle oppose l’armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide. La procureure évoque un « niveau généralisé d’atrocités » contre les civils. Les groupes non arabes auraient été spécifiquement pris pour cible. Violences sexuelles, viols, tortures et exécutions sommaires figurent parmi les faits documentés. Des témoins ont raconté avoir vu des proches enterrés vivants sous leurs yeux, puis exécutés.
Un vieux mal jamais résolu au Darfour
La CPI enquête sur le Darfour depuis 2005, saisie par le Conseil de sécurité de l’ONU. Un mandat d’arrêt vise depuis 2009 l’ancien président Omar el-Béchir pour génocide. Il n’a jamais été exécuté. El-Béchir, déchu en 2019, n’a toujours pas été remis à la Haye. Ce précédent illustre une limite structurelle de la justice internationale. Elle peut nommer les coupables sans jamais parvenir à les juger. Un seul homme a comparu devant les juges de la CPI pour les crimes du Darfour. Il s’agit d’Ali Kosheib, ancien chef de milice janjawid, jugé à partir de 2021.
Une guerre qui rejoue le scénario de 2003
Le conflit actuel ressemble à celui qui a ravagé le Darfour au début des années 2000. Les mêmes communautés sont visées aujourd’hui. Les mêmes logiques de persécution ethnique sont à l’œuvre. Cette répétition inquiète profondément les organisations de défense des droits humains. Amnesty International a documenté une véritable « litanie » d’exactions à El-Fasher en octobre 2025. L’absence de justice pour les crimes des années 2000 aurait, selon la CPI elle-même, « semé les graines » du cycle de violences actuel. L’histoire du Darfour semble ainsi se répéter, deux décennies plus tard, presque à l’identique.
Le vrai test : la justice peut-elle encore peser sur une guerre en cours ?
La question dépasse le strict cadre judiciaire. Le Darfour est aujourd’hui le théâtre d’un conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts. Des millions de civils ont été déplacés depuis 2023. La CPI promet des mandats d’arrêt supplémentaires dans les prochains mois. Mais son pouvoir de coercition reste extrêmement limité sans coopération des États. Le gouvernement soudanais nie toute obstruction et affirme coopérer pleinement avec la Cour. Pour les survivants du Darfour, la vraie question n’est pas de savoir si les coupables seront un jour nommés. C’est de savoir si cela arrivera avant que la guerre ne fasse davantage de victimes civiles.
Une justice qui arrive vingt ans trop tard peut-elle encore dissuader les bourreaux d’aujourd’hui ?
Xolomo Tokpa

