Eswatini : l’Afrique, parking migratoire de Trump ?

Onze nouveaux visages, un même schéma. Ce mercredi 8 juillet 2026, onze migrants supplémentaires expulsés par l’administration Trump sont arrivés en Eswatini, portant leur nombre total à 29.

Un accord de 5,1 millions de dollars sous contestation

L’Eswatini, dernière monarchie absolue d’Afrique, avait accepté d’accueillir jusqu’à 160 expulsés américains. En échange, le royaume du roi Mswati III perçoit 5,1 millions de dollars. Une avocate américaine, en contact avec des sources carcérales locales, a confirmé l’arrivée à Reuters. Sur les 29 personnes envoyées depuis les États-Unis, seules deux ont été libérées et rapatriées. L’une est repartie vers la Jamaïque, l’autre vers le Cambodge. Les autres restent détenus dans la prison de haute sécurité de Matsapha, près de la capitale Mbabane.

Une politique migratoire à l’échelle du continent

L’Eswatini n’est pas un cas isolé. Selon d’anciens responsables du département d’État américain, Washington utilise des suspensions de visas comme levier de pression. Les deux tiers des 39 pays visés par ces suspensions se trouvent en Afrique. Le Rwanda aurait, de son côté, accepté d’en recevoir jusqu’à 250 pour 7,5 millions de dollars d’aide, selon Human Rights Watch. Des migrants ont aussi été envoyés au Ghana, en RDC, en Ouganda et au Soudan du Sud. Près de 40% des accords confirmés dans le monde concernent des pays africains.

Des détentions sans base légale claire

Plusieurs avocats dénoncent des détentions arbitraires, sans possibilité réelle de contestation. Nombre des personnes concernées bénéficiaient pourtant d’une protection légale aux États-Unis. Certaines relevaient de la Convention contre la torture ou d’un sursis à éloignement. Un avocat américain a qualifié ce système de « traite moderne d’êtres humains, par des voies officielles ». Une plainte a été déposée auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples. Elle vise directement la responsabilité du gouvernement eswatinien dans ces détentions prolongées et sans charge.

Une question de souveraineté déguisée en aide économique

Le véritable enjeu dépasse le seul cas migratoire. Certains États africains, souvent parmi les plus fragiles économiquement, acceptent de gérer les conséquences de la politique migratoire américaine. En retour, ils perçoivent des millions de dollars d’aide bilatérale. Cette dynamique interroge sur l’équilibre des rapports de force entre Washington et ses partenaires africains. Elle rappelle, dans une autre mesure, les accords européens de sous-traitance migratoire signés avec certains pays du Maghreb depuis les années 2010. Le prix de cette coopération se paie, in fine, par des vies humaines suspendues dans l’incertitude carcérale.

À quel prix un État accepte-t-il de devenir le sous-traitant migratoire d’une puissance étrangère ?

Xolomo Tokpa

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