RDC : Ebola change-t-il d’échelle avec l’alerte à Kisangani ?

Le virus sort de sa zone habituelle. Un cas confirmé à Kisangani, ville d’un million d’habitants, fait craindre une bascule dans l’échelle de l’épidémie d’Ebola qui frappe l’est de la RDC.

Un bilan qui s’alourdit semaine après semaine

Selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, la RDC recense désormais 1 561 cas confirmés. Le bilan atteint 506 décès et 254 guérisons. Plus de 10 000 personnes contacts sont actuellement suivies par les équipes sanitaires. L’épidémie, déclarée le 15 mai, est causée par la souche Bundibugyo du virus. Aucun vaccin ni traitement homologué n’existe contre cette souche particulière. « Nous aimerions pouvoir dire que la situation se stabilise, mais nous ne pouvons pas encore l’affirmer », reconnaît la représentante de l’OMS en RDC.

Kisangani, carrefour fluvial à haut risque

Le cas de Kisangani provient du transport du corps d’une commerçante de Niania, épicentre de l’épidémie. Contaminée fin juin, elle est décédée le 27 juin après des signes hémorragiques. Son corps a voyagé à moto sur près de 600 kilomètres jusqu’à la ville. Il a transité par plusieurs quartiers avant d’être déposé en morgue. Kisangani est un carrefour fluvial et routier stratégique du nord-est congolais. Une contamination incontrôlée y changerait radicalement la nature de la riposte sanitaire.

Une riposte déjà mise à rude épreuve dans l’Ituri

La province de l’Ituri concentre encore l’essentiel des cas, avec 24 zones de santé touchées. Le Nord-Kivu et le Sud-Kivu restent également sous surveillance renforcée. Cette région cumule déjà les crises sécuritaires liées aux groupes armés locaux. En 2018-2020, la dixième épidémie d’Ebola en RDC avait déjà illustré ce piège. Elle s’était propagée dans une zone de conflit actif avec les rebelles ADF. Les équipes médicales y avaient subi des attaques répétées, retardant la riposte de plusieurs mois.

Du sanitaire au politique et logistique

Si Ebola atteint durablement de grandes villes, la nature de la crise change du tout au tout. La logistique de surveillance, jusqu’ici concentrée sur des zones rurales isolées, devrait s’adapter à un environnement urbain dense. Le président Félix Tshisekedi a appelé à une réponse africaine coordonnée. Il a aussi demandé d’éviter les mesures excessives qui stigmatiseraient les populations touchées. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a, de son côté, appelé à un cessez-le-feu dans l’Est. Il souhaite faire de cette épidémie un catalyseur de paix régionale, plutôt qu’un facteur d’instabilité supplémentaire.

Une épidémie peut-elle forcer la paix là où des années de diplomatie ont échoué ?

Xolomo Tokpa

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