Nigeria : le retour d’Exxon relance le pari pétrolier

Dix ans après son dernier forage au Nigeria, ExxonMobil revient. Ce mercredi 8 juillet 2026 à Abuja, le géant américain a annoncé un investissement d’un milliard de dollars dans le champ offshore d’Usan.

Un projet conçu pour aller vite

Le projet Usan Infill vise à ajouter 40 000 barils par jour à la production nigériane. L’annonce a été faite par Jagir Baxi, directeur général d’ExxonMobil Nigeria. Contrairement aux grands projets pétroliers classiques, celui-ci se veut rapide. Une première production est attendue dans les six mois suivant le lancement des travaux. Le pic de production, lui, est prévu dans les dix-huit mois. Ce type d’investissement court terme s’appuie sur des infrastructures déjà existantes, comme la plateforme flottante d’Usan, en service depuis 2012.

Un retour après une décennie d’absence

La filiale nigériane d’ExxonMobil, Esso Exploration and Production, opère le bloc OML 138. Son dernier forage dans ce bloc remontait à 2016. Ce retour à l’activité de forage marque un tournant pour le régulateur nigérian. Il y voit un signal fort de confiance envers le secteur pétrolier profond du pays. Le bloc est partagé avec Chevron, TotalEnergies et Nexen, filiale du groupe chinois CNOOC. Près de 400 employés travaillent sur l’installation offshore d’Usan, majoritairement des Nigérians. Le projet devrait générer 1,2 milliard de dollars de revenus supplémentaires pour le pays d’ici quatre ans.

Un contraste avec le désengagement des majors occidentales

Ce retour tranche avec une tendance observée ces dernières années. Shell, ExxonMobil et d’autres majors avaient largement cédé leurs actifs terrestres au Nigeria. Elles invoquaient des vols de pétrole massifs et une insécurité persistante dans le delta du Niger. Le secteur offshore profond, moins exposé à ces risques, reste en revanche attractif pour les investisseurs internationaux. Le pays demeure le premier producteur pétrolier d’Afrique, mais peine à retrouver ses niveaux historiques. Cette annonce s’inscrit donc dans un mouvement plus large de reconquête des eaux profondes nigérianes.

L’après-pétrole, un défi que l’argent ne résout pas seul

Le vrai débat dépasse la seule annonce d’investissement. Le Nigeria continue d’attirer les majors pétrolières grâce à des réformes réglementaires favorables aux investisseurs. Mais le pays reste structurellement dépendant des revenus pétroliers pour son budget national. La transition énergétique mondiale pousse pourtant à diversifier l’économie nigériane. Diversifier, tout en continuant à séduire les capitaux pétroliers, reste un exercice d’équilibriste délicat. Ce paradoxe touche la plupart des grandes économies pétrolières africaines, du Nigeria à l’Angola en passant par le Gabon.

Le Nigeria peut-il continuer d’attirer les pétroliers tout en préparant sérieusement l’après-pétrole ?

Xolomo Tokpa

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