Guinée : Doumbouya reprend le contrôle total de son or

Fini l’or brut qui quitte le pays sans transformation. Le président Mamadi Doumbouya a signé, ce mercredi 8 juillet 2026, un décret imposant le raffinage local obligatoire avant toute exportation.

Un lingot raffiné, ou rien

Le texte, lu à la Radio Télévision Guinéenne, est sans ambiguïté. Aucune quantité d’or produite en Guinée ne pourra désormais être exportée sans raffinage préalable. L’or exporté devra se présenter sous forme de lingots certifiés et numérotés. Chaque lot devra être accompagné d’un certificat d’analyse et d’un certificat d’origine. Une autorisation d’exportation délivrée par les autorités compétentes sera également exigée. Ce décret abroge et complète un premier texte signé le 3 juillet, qui posait déjà l’interdiction de l’or brut.

Une chaîne de traçabilité inédite

Le dispositif crée un registre national de traçabilité aurifère. Toutes les opérations, de la production à l’exportation, devront y être enregistrées. Ce registre doit se conformer aux normes de l’OCDE sur les chaînes d’approvisionnement responsables. La Direction nationale des Mines, les Douanes et la Banque centrale sont chargées du contrôle. L’Office guinéen d’expertise de l’or et la Brigade anti-fraude des matières précieuses sont également mobilisés. Chaque acteur de la filière devra désormais obtenir un agrément, une licence ou une autorisation en bonne et due forme.

Un mouvement régional de reprise en main minière

La Guinée n’est pas isolée dans cette démarche. Le Mali avait imposé dès 2023 une participation accrue de l’État dans ses mines d’or. Le Burkina Faso a lui aussi renforcé le contrôle étatique sur sa filière aurifère depuis 2022. Ce mouvement traduit une volonté commune des pays sahéliens et ouest-africains. Ils cherchent à capter davantage de valeur ajoutée sur leurs ressources minières stratégiques. La Guinée s’appuie notamment sur la future Nimba Gold Refinery pour donner corps à cette ambition industrielle locale.

Souveraineté minière contre réalités industrielles

Le principal site concerné reste la mine à ciel ouvert de Siguiri. Elle est exploitée par la Société Aurifère de Guinée, filiale du groupe sud-africain AngloGold Ashanti. Plusieurs compagnies canadiennes et des exploitants artisanaux devront eux aussi s’adapter. Une période transitoire de 90 jours leur laisse le temps de se mettre en conformité. Reste une question industrielle de taille : la Guinée dispose-t-elle de capacités de raffinage suffisantes ? Sans raffineries opérationnelles à grande échelle, cette ambition souverainiste pourrait se heurter à un goulot d’étranglement logistique majeur.

La Guinée a-t-elle les infrastructures nécessaires pour transformer sa souveraineté minière en réalité industrielle ?

Xolomo Tokpa

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