L’ancienne première dame de la République de Guinée, Hadja Andrée Touré, s’est éteinte ce mercredi 8 juillet 2026. La veuve du premier président Ahmed Sékou Touré est décédée au Maroc où elle suivait des soins médicaux depuis plusieurs mois.
Née le 18 novembre 1934 à Kankan, elle laisse derrière elle le souvenir d’une femme discrète mais résiliente. Elle fut la première Première dame de l’histoire de la République de Guinée pendant un quart de siècle.
Un parcours entre deux cultures
Hadja Andrée Touré était la fille du docteur Paul-Marie Duplantier, médecin militaire français, et de Kaïssa Kourouma. Sa mère guinéenne d’origine Maninka lui a transmis un ancrage profond dans la culture nationale.
Après le départ de son père lors de la Seconde Guerre mondiale, elle a été élevée à Kankan par son oncle Sinkoun Kaba. Elle poursuit ensuite ses études chez les sœurs de Saint-Joseph de Cluny à Conakry avec une brillante réussite.
Devenue secrétaire de l’association des femmes de l’Union française, elle épouse Ahmed Sékou Touré le 18 juin 1953. Le mariage est célébré à la grande mosquée de Kankan selon les rites musulmans, scellant leur destin commun.
Aux côtés du père de l’indépendance
Lorsque la Guinée accède à l’indépendance le 2 octobre 1958, Andrée Touré devient la première Première dame. Elle accompagne son mari dans les moments décisifs de la construction de la jeune nation indépendante africaine.
Discrète mais présente, elle est aux côtés du président Sékou Touré lors des grandes rencontres internationales. Elle rencontre ainsi John F. Kennedy à Washington, Habib Bourguiba à Tunis, Mao Zedong à Pékin et Nikita Khrushchev à Moscou.
Cette diplomatie active témoigne du rayonnement de la Guinée durant les premières décennies de son indépendance nationale. Andrée Touré incarne alors la modernité et l’ouverture d’un pays en pleine construction institutionnelle.
Les épreuves après 1984
Le décès d’Ahmed Sékou Touré le 26 mars 1984 marque un tournant brutal dans son existence. Quelques jours après le coup d’État du 3 avril 1984, elle est arrêtée avec son fils Mohamed Touré.
Leurs biens sont confisqués et elle est condamnée en 1987 à huit années de travaux forcés. Libérée en janvier 1988 après près de quatre années de détention, elle quitte alors la République de Guinée.
Son long exil la conduit successivement au Maroc, en Côte d’Ivoire et au Sénégal avant son retour à Conakry en 2000. Elle consacre désormais sa vie à défendre la mémoire et l’héritage politique de son défunt époux.
Réhabilitation sous Mamadi Doumbouya
Le 28 septembre 2021, le Colonel Mamadi Doumbouya lui rend personnellement visite en signe de reconnaissance. Il signe alors un décret lui restituant les emblématiques villas Syli des Cases Bellevue à Conakry.
En 2023, elle publie son autobiographie « Ma vie auprès d’Ahmed Sékou Touré » aux Éditions L’Harmattan Guinée. Elle transfère par ailleurs en 2024 les archives privées de son mari aux Archives nationales de Guinée.
L’hommage du président Doumbouya
Une importante délégation gouvernementale a été dépêchée ce mercredi aux Cases Bellevue de Conakry. Elle est venue présenter les condoléances officielles à la famille au nom du chef de l’État.
« À travers sa disparition, c’est une part vivante de notre mémoire nationale qui s’éteint », a déclaré Mamadi Doumbouya. Le président a salué « une femme de courage, de résilience et de fidélité à son pays », implorant le Tout-Puissant de l’accueillir dans le Firdaws.
Facinet Soumah

