Deux Nigérians tués en Afrique du Sud : Abuja met Pretoria en demeure

Le 5 juillet 2026, le ministère nigérian des Affaires étrangères a publié un communiqué cinglant. Deux ressortissants nigérians ont été tués le 28 juin en Afrique du Sud. Emeka Charles Iroegbu, 50 ans, a été tué à Sunnyside, Pretoria, par des agents de la Tshwane Metro Police lors d’une interrogation décrite comme « brutale ». Musa Yunana Joe, dit Big Joe, a été abattu devant son commerce à Witbank, Mpumalanga. Abuja place Pretoria en demeure officielle. En outre, toutes les options sont sur la table.

Un troisième cas en trois mois — et zéro arrestation

Ce n’est pas la première fois. Le 20 avril 2026, les mêmes officiers de la Tshwane Metro Police étaient déjà impliqués dans la mort extrajudiciaire d’un autre Nigérian, Nnaemeka Mathew Andrew Ekpenyong. Aucune arrestation n’a été effectuée. Pourtant, l’identité des quatre officiers impliqués est connue des services de police sud-africains. Trois Nigérians tués en moins de trois mois. De plus, ce sont les mêmes agents. Aucune suite judiciaire. Pour Abuja, le schéma n’est plus accidentel.

Abuja pose le mot « responsabilité d’État »

Le gouvernement nigérian qualifie les incidents de « profondément troublants » et estime que « ce schéma répété est clairement la preuve d’une complicité de la part des forces de sécurité, en particulier de la Tshwane Metro Police. Cela soulève la question de la responsabilité de l’État en droit international ». Ce langage juridique précis est une escalade. De plus, il prépare potentiellement une procédure formelle devant des instances internationales.

Abuja a déclaré placer l’Afrique du Sud « en demeure » et que « toutes les options restent sur la table si cette tendance inculte et provocatrice d’intolérance de style apartheid envers les étrangers n’est pas traitée ». Le mot apartheid utilisé dans un communiqué officiel est une charge politique maximale.

Pretoria refuse de payer — et provoque encore

Le Nigeria a annoncé qu’il demanderait une compensation à l’Afrique du Sud pour ses citoyens ayant quitté le pays. De plus, Abuja a commencé à documenter les entreprises et propriétés laissées derrière par les Nigérians. Cependant, la ministre sud-africaine Khumbudzo Ntshavheni a déclaré que son gouvernement ne paierait pas de compensation. D’ailleurs, elle précise que les Nigérians peuvent vendre les propriétés enregistrées qu’ils ont laissées derrière eux sur le marché sud-africain.

Plus grave encore : le porte-parole du gouvernement sud-africain a demandé aux Nigérians qui quittent le pays de « montrer où ils cachent leurs drogues illégales ». Abuja a formellement condamné cette déclaration — qualifiée de profilage racial délibéré.

700 Nigérians rapatriés — et la diaspora qui surveille

Quelque 700 Nigérians ont déjà été rapatriés d’Afrique du Sud. La communauté nigériane y compte plusieurs centaines de milliers de membres — commerçants, entrepreneurs, professionnels. Le Nigeria, le Ghana et le Malawi ont convoqué les ambassadeurs sud-africains alors que les troubles se répandaient. En conséquence, la crise dépasse les deux pays. Elle devient ainsi panafricaine.

Deux géants, une fracture profonde

Nigeria et Afrique du Sud sont les deux premières économies du continent. Ils partagent un destin commun au sein de l’Union africaine et des BRICS. Toutefois, cette crise diplomatique ouverte entre eux envoie un signal dévastateur pour le projet d’intégration africaine. Quand les deux locomotives économiques du continent se font face dans un bras de fer diplomatique, toute la solidarité panafricaine vacille.

Quand des agents de police tuent un étranger, que les mêmes agents récidivent trois mois plus tard et qu’aucun n’est arrêté, est-ce encore de la xénophobie ordinaire — ou la preuve d’une impunité institutionnalisée qui engage la responsabilité de l’État sud-africain ?

Xolomo Tokpa

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