Mayotte-COI : la France prend la présidence, les Comores résistent

Ce 8 juin 2026 à Moroni, la France a officiellement pris la présidence tournante de la Commission de l’Océan Indien (COI). Aussitôt, Paris a réaffirmé sa priorité : intégrer Mayotte dans l’organisation. Aussitôt, les Comores ont dit non. Un bras de fer qui dure depuis quarante ans n’est pas près de s’arrêter.

La COI, une organisation de cinq membres — et un désaccord fondateur

La Commission de l’Océan Indien regroupe depuis 1986 les Comores, Madagascar, Maurice, les Seychelles et la France — représentée par La Réunion. Mayotte, département français depuis 2011, est exclue de l’organisation. La raison : les Comores ne reconnaissent pas la souveraineté française sur l’île. Pour Moroni, Mayotte reste comorienne.

Ce 40e Conseil des ministres de la COI marque le passage de relais des Comores à la France. La ministre déléguée à la Francophonie, Éléonore Caroit, représentait Paris. Face à elle, le chef de la diplomatie comorienne a immédiatement réaffirmé l’opposition de son pays à toute intégration de Mayotte tant que la question de souveraineté reste non résolue.

Paris pousse, Moroni bloque — et les autres membres observent

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot l’avait annoncé devant l’Assemblée nationale le 2 juin : l’intégration de Mayotte sera une priorité de la présidence française. Mais il a lui-même posé la limite : « Cela suppose l’accord de l’ensemble des membres. Nous ne décidons pas à leur place. »

Autrement dit, la France a besoin du consensus des quatre autres membres pour faire entrer Mayotte. Or Madagascar, Maurice et les Seychelles n’ont aucun intérêt à s’aliéner les Comores sur ce dossier. Le soutien affiché à Paris lors du sommet d’Antananarivo en 2025 n’a pas débouché sur un accord concret. L’an dernier, le président Azali avait comparé Macron à Louis de Funès en réponse à la demande d’intégration.

Mayotte, enjeu migratoire au cœur de l’Océan Indien

La question n’est pas que symbolique. Mayotte est le département français le plus pauvre et le plus densément peuplé, en partie en raison d’une immigration clandestine massive depuis les Comores voisines. Des milliers de personnes traversent chaque année le bras de mer en kwasa-kwasa. Des centaines meurent noyées.

Pour Paris, l’intégration de Mayotte à la COI permettrait d’institutionnaliser la coopération régionale sur la migration, le développement et la sécurité maritime. Pour les Comores, accepter cette intégration reviendrait à reconnaître implicitement la souveraineté française sur une île qu’elles revendiquent constitutionnellement. C’est un saut politique que nul dirigeant comorien ne peut assumer.

Un conflit structurel, des marges de manœuvre étroites

Au-delà du cas franco-comorien, ce débat illustre une tension plus large : comment les organisations régionales africaines gèrent-elles les contentieux territoriaux hérités de la décolonisation ? La COI n’a ni les outils ni le mandat pour trancher sur la souveraineté. Elle peut seulement gérer le désaccord.

La présidence française durera jusqu’au prochain conseil des ministres. Paris aura alors un an pour convaincre — ou pour constater, une fois de plus, que les Comores restent un verrou imprenable.

L’Océan Indien africain peut-il construire une intégration régionale solide tant que la question de Mayotte demeure une plaie ouverte entre deux États membres ?

Xolomo Tokpa

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