Jazzablanca 2026 : Casablanca, capitale musicale du monde

Ce samedi 4 juillet, le Parc Anfa de Casablanca accueille la dernière soirée du premier week-end de Jazzablanca 2026. Oxlade du Nigeria, Faouzia la Maroco-Canadienne, Mehdi Nassouli et ses sonorités gnaoua, Hind Ennaira et la musique traditionnelle marocaine. Budget : 100 millions de dirhams. Dix jours. Des milliers de spectateurs. Ce soir, pendant que l’équipe nationale joue son huitième de finale à Houston, Casablanca est aussi capitale mondiale. Le Maroc joue sur deux terrains.

Jazzablanca, 20 ans de soft power musical

Créé en 2006, Jazzablanca a grandi pour devenir l’un des plus grands festivals de musique du continent. Il attire chaque année des artistes du monde entier, avec une programmation qui mêle jazz international, afrobeat, gnaoua, musique andalouse et pop contemporaine. Son fondateur Moulay Ahmed Alami l’a formulé clairement : « On travaille toute l’année pour un pari qui se joue en dix jours. » Réunir 100 millions de dirhams — 10,7 millions de dollars — pour dix jours de musique, c’est un engagement considérable. C’est aussi un signal : la culture est une industrie sérieuse au Maroc.

Oxlade, Faouzia, Nassouli : une Afrique plurielle sur une même scène

La programmation de ce premier week-end illustre la diversité musicale africaine. Oxlade, Nigérian de 26 ans, est l’une des figures montantes de l’afropop mondiale. Sa chanson « Away » avait cumulé des centaines de millions de streams avant d’exploser avec la reprise de Beyoncé dans l’album Renaissance. Faouzia, née au Maroc et élevée au Canada, représente cette génération diasporique qui porte l’identité africaine dans les grands marchés musicaux anglophones. Mehdi Nassouli croise les sonorités gnaoua avec le jazz contemporain. Ces trois présences sur la même scène résument l’Afrique musicale de 2026 : ancrée dans ses traditions, projetée vers le monde.

Le soft power marocain : football et musique le même soir

Ce 4 juillet, le Maroc joue le Canada en huitièmes de finale du Mondial à Houston. Dans la même soirée, Jazzablanca accueille des milliers de spectateurs à Casablanca. Ce n’est pas une coïncidence. C’est la définition du soft power marocain. Le Royaume a compris depuis longtemps que l’influence internationale ne passe pas seulement par la diplomatie et l’économie. Elle passe aussi par le football, la musique, le cinéma, la cuisine. Chaque fois que le Maroc rayonne sur une scène mondiale — sportive ou culturelle — c’est la même puissance douce qui s’exprime.

La fragilité du modèle

Derrière le succès, Moulay Ahmed Alami pointe une fragilité réelle. Les financements culturels restent insuffisants au Maroc. L’État n’accompagne pas assez la créativité artistique selon les acteurs du secteur. Jazzablanca a su trouver ses partenaires privés. Mais tous les festivals africains n’ont pas cette capacité. La culture africaine rayonne dans le monde. Elle se finance encore difficilement chez elle.

Quand Casablanca accueille une star nigériane, une artiste maroco-canadienne et un maître gnaoua le même soir où les Lions jouent leur Mondial, est-ce la preuve que le Maroc a trouvé la formule du rayonnement africain — ou un modèle encore trop fragile pour être reproduit à l’échelle continentale ?

Xolomo Tokpa

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