Ce 4 juillet 2026, le président Bola Tinubu a inauguré dans l’État de Nasarawa la plus grande usine de transformation du lithium d’Afrique de l’Ouest. Capacité : trois millions de tonnes de minerai par an. Message officiel : réduire les exportations de matières brutes, développer une industrie locale, créer des emplois. Ce n’est pas la première fois qu’un président africain inaugure une usine de transformation minière. La vraie question est de savoir si celle-ci ira jusqu’au bout.
Pourquoi le lithium nigérian est stratégique
Le Nigeria possède d’importantes réserves de lithium — concentrées dans les États de Nasarawa, Kogi et Kwara. Le lithium est devenu la ressource la plus convoitée de la transition énergétique mondiale. Il entre dans la fabrication des batteries pour véhicules électriques, téléphones et systèmes de stockage d’énergie. La demande mondiale devrait être multipliée par six d’ici 2030 selon l’Agence internationale de l’énergie. Le Nigeria arrive au bon moment. S’il arrive vraiment.
Transformer localement : l’ambition qui résiste rarement
L’Afrique produit 30 % du lithium mondial. Elle transforme moins de 2 % de sa production. Ce déséquilibre est ancien, documenté et dénoncé. Mais il persiste. Parce que transformer localement coûte cher. Parce que les infrastructures manquent. Surtout que les accords miniers signés avec des multinationales ont souvent cédé la valeur ajoutée à l’étranger. Le Nigeria veut briser ce schéma avec l’usine de Nasarawa. La Zambie avait tenté la même chose avec le cuivre. La RDC avec le cobalt. Les résultats restent mitigés.
Tinubu, les réformes et la pression sociale
Cette inauguration intervient dans un contexte politique tendu. La suppression de la subvention carburant en 2023 a plongé des millions de Nigérians dans la précarité. L’inflation alimentaire ronge le pouvoir d’achat. Le naira a perdu plus de 60 % de sa valeur depuis 2023. Tinubu a besoin de résultats visibles. Une usine de lithium inaugurée en grande pompe, c’est un signal à ses partenaires internationaux et à son opinion publique. C’est aussi un test de crédibilité. Les emplois promis doivent être créés. Les revenus doivent être investis.
Le risque de l’annonce sans suite
L’histoire africaine des inaugurations industrielles compte plus d’annonces que de réussites durables. Des usines inaugurées qui n’ont jamais atteint leur capacité nominale. Plusieurs partenariats qui se sont évaporés. Des emplois promis qui n’ont pas été créés. L’usine de Nasarawa bénéficie d’un contexte favorable — demande mondiale forte, prix du lithium élevés, volonté politique affichée. Mais le Nigeria devra aussi régler ses déficits d’infrastructure, d’électricité et de sécurité dans le centre du pays pour que cette inauguration devienne une transformation réelle.
Quand Tinubu inaugure la plus grande usine de lithium d’Afrique de l’Ouest, est-ce le début d’une souveraineté minière réelle — ou une inauguration de plus dans une histoire africaine où les mines exportent leurs richesses brutes depuis des siècles ?
Xolomo Tokpa

