Le 2 juillet 2026, la Guinée élisait ses maires. Les résultats ont livré une leçon politique inédite pour la Ve République. À Labé, la liste arrivée en tête du vote populaire n’a pas obtenu la mairie. Et à Gbessia, le scrutin a dû être reporté, délocalisé, et s’est joué à une voix. À Matam, Ratoma, Dubréka — même scénario. Gagner les communales du 31 mai ne garantissait pas le fauteuil de maire. Ce sont les alliances qui ont tout décidé.
Gbessia : report, délocalisation, une voix d’écart
Gbéssia est l’une des plus grandes communes de Conakry. Elle était particulièrement convoitée. Le scrutin, initialement prévu le 2 juillet, a dû être reporté une première fois en raison de vives tensions entre conseillers. Il s’est finalement tenu le 3 juillet — non pas au siège de la mairie. Il a eu lieu dans les locaux de la Direction des Impôts de Kondéboungni. Par ailleurs, il n’y a pas eu d’explication officielle sur ce changement de site. De plus, les journalistes ont été brièvement autorisés à entrer. Cependant, ils ont été priés de sortir au moment du vote.
Le résultat est tombé tard dans la soirée, aux alentours de 2h du matin. Mamadou Saliou Fofana l’a emporté d’une courte tête en raflant 23 voix, contre 22 pour son challenger de la GMD. Un seul vote d’écart. Le candidat du Mouvement alternatif démocratique (MAD) avait obtenu 11 conseillers au 31 mai contre 10 pour la GMD. Ensuite, il a consolidé cette avance grâce à des alliances avec d’autres formations. Dans sa déclaration de victoire, le nouveau maire a tenu à clarifier la confusion politique : « Nous sommes de la GMD aussi. MAD, c’est GMD, c’est ce que les gens ne comprennent pas. »
Labé : première en vote populaire, perdante en salle de délibération
À Labé, le cas Ein Fow Fii est encore plus révélateur. Bien qu’ayant remporté le vote populaire lors des élections communales du 31 mai dernier avec 17 conseillers sur 45, la liste n’a pas obtenu la majorité requise pour diriger la mairie de Labé. La dynamique a réagi avec dignité. Elle a salué un « éveil des consciences » et appelé ses partisans à rester mobilisés. En outre, elle rappelle qu’elle était la seule liste à avoir soumis un projet de gouvernance chiffré et accessible.
Dans les heures qui ont suivi, Ein Fow Fii Labé et le FRONDEG ont signé un protocole d’accord pour une gestion concertée de la commune. Cela montre que la négociation continue là où le vote a échoué.
La GMD s’impose comme force locale dominante
Au-delà des cas Gbéssia et Labé, l’élection des maires et des exécutifs communaux confirme l’émergence d’un nouveau paysage territorial. Celui-ci est dominé par la Génération pour la Modernité et le Développement (GMD), le mouvement politique qui soutient le président de la République, le général Mamadi Doumbouya. La GMD remporte la grande majorité des mairies à l’échelle nationale. Par ailleurs, elle s’enracine dans les collectivités. C’est là que se construisent les politiques les plus proches des citoyens.
Une leçon démocratique que la Guinée n’avait jamais vécue
Ce cycle électoral apprend quelque chose de fondamental à la Guinée. Dans de nombreuses communes, les résultats du 31 mai n’ont pas suffi à eux seuls à désigner les maires. En effet, les équilibres se sont construits dans les salles de délibération. Ils sont issus des négociations entre conseillers, des rapprochements de circonstance et des compromis politiques. C’est normal dans une démocratie représentative. C’est nouveau en Guinée. Et c’est sain — à condition que ces alliances restent encadrées par les règles républicaines.
Quand la liste arrivée en tête du vote populaire ne devient pas maire, est-ce une défaillance de la démocratie guinéenne — ou sa première preuve de maturité ?
Xolomo Tokpa

