RDC : l’opposition va à Gitega, Tshisekedi perd le tempo

La Coalition Article 64 a accepté l’invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye à Gitega pour une consultation sur la crise politique et sécuritaire en RDC. Jean-Marc Kabund a quitté Kinshasa vendredi soir. Delly Sesanga a récupéré son passeport saisi par la Direction générale de migration. La marche prévue le 8 juillet est reportée au 22 juillet. En acceptant Gitega, l’opposition congolaise envoie un message fort. Et donne une prise à Tshisekedi qu’il n’attendait pas.

Qui est la Coalition Article 64 ?

La Coalition Article 64 regroupe plusieurs figures majeures de l’opposition congolaise. Son nom est une référence directe à l’article 64 de la Constitution de la RDC, qui oblige tout Congolais à s’opposer à quiconque prendrait le pouvoir par la force. Parmi ses membres les plus emblématiques : Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018 et figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles en zone de conflit. Jean-Marc Kabund, ancien allié de Tshisekedi devenu son adversaire déclaré. Delly Sesanga, parlementaire expérimenté. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo observent la démarche de près.

Gitega : un forum de dialogue ou un piège ?

L’invitation de Ndayishimiye n’est pas neutre. Le Burundi est un acteur militaire en RDC — ses troupes combattent le M23 aux côtés de l’armée congolaise. Accueillir l’opposition congolaise à Gitega, c’est se positionner comme médiateur régional sans en avoir le mandat officiel. Pour la Coalition Article 64, accepter cette invitation présente des risques. Elle légitime un forum dont l’agenda n’a pas été défini unilatéralement par l’opposition. Elle donne à Tshisekedi la possibilité de présenter la démarche comme une preuve que la crise est gérée par des canaux régionaux — et donc sous contrôle.

La marche du 8 juillet reportée : une concession tactique

Reporter la marche du 8 au 22 juillet est une décision tactique délicate. D’un côté, l’opposition montre qu’elle privilégie le dialogue sur la confrontation directe — un signal positif pour ses partenaires internationaux. De l’autre, elle perd de la pression de rue. À Kinshasa, la mobilisation citoyenne est volatile. Une marche reportée est parfois une marche qui n’aura jamais lieu. Tshisekedi le sait. Ses conseillers aussi.

La confiscation du passeport de Sesanga : un précédent inquiétant

Le fait que Delly Sesanga ait eu à récupérer son passeport saisi par la DGM avant de pouvoir partir à Gitega est un signal alarmant. La Direction générale de migration est sous autorité de l’État. Saisir le passeport d’un opposant politique, c’est exercer une pression à travers les outils administratifs de l’État. Cette pratique contredit frontalement le discours officiel de Tshisekedi sur l’état de droit et l’espace démocratique en RDC.

Quand l’opposition congolaise doit récupérer son passeport confisqué pour aller dialoguer dans un pays voisin, est-ce vraiment un processus de dialogue — ou un dialogue sous contrainte qui dit tout sur l’état de l’espace politique en RDC ?

Xolomo Tokpa

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