Cannes 2026 : le cinéma africain visible mais pas encore souverain

Trois films africains en sélection officielle. Un prix d’interprétation. Une salle debout. Et pourtant, zéro film africain en compétition principale pour la Palme d’or. Le 79e Festival de Cannes, clos le 23 mai 2026, a offert au cinéma africain une vitrine réelle — mais pas encore la reconnaissance suprême.

Trois films, trois premières historiques

La section Un Certain Regard — qui accueille les cinémas d’auteur émergents — a mis en lumière trois œuvres africaines majeures. Premier film : *Congo Boy*, du Congolais Rafiki Fariala. Coréalisé entre la RDC et la République centrafricaine, il suit un réfugié à Bangui dont la musique devient acte de résistance. L’acteur Bradley Fiomona y a décroché le Prix d’interprétation. La salle a chanté avec lui.

Deuxième film : *Ben’imana*, de la Rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo. Premier long métrage d’une cinéaste rwandaise jamais sélectionné en compétition officielle à Cannes. Le film retrace la reconstruction d’une survivante du génocide de 1994 à travers la réconciliation communautaire. Troisième film : *La Más Dulce*, de la Franco-Marocaine Laïla Marrakchi — le parcours de deux jeunes Marocaines dans les serres de fraises de Huelva, en Espagne.

Visibilité réelle, mais plafond intact

Ces trois présences sont historiques. Elles confirment une dynamique amorcée à Cannes 2025, où trois films africains figuraient déjà en Un Certain Regard. La Croisette s’ouvre progressivement aux cinémas du continent. Mais la compétition officielle — les 22 films en lice pour la Palme d’or — reste hermétique. Aucun réalisateur africain n’y figure en 2026.

Cette absence nourrit un débat ancien. La sélection principale de Cannes est-elle réellement ouverte aux cinémas non-occidentaux ? Ou reflète-t-elle encore une hiérarchie culturelle implicite, où l’Afrique subsaharienne est cantonnée aux sections parallèles — mieux vues comme des tremplins que comme des arènes de compétition égale ?

Entre reconnaissance et économie du regard

Le critique algérien El Watan a mis le doigt sur une tension plus profonde. *Congo Boy* a été salué pour sa beauté. Mais il s’inscrit dans une tendance repérée par plusieurs observateurs : le cinéma africain sélectionné en Occident tend à représenter la souffrance, l’exil, le deuil. Un « dispositif dramatique de l’accablement », selon certains, que les festivals encouragent inconsciemment.

Cette critique n’invalide pas la valeur des films. Elle pointe une question structurelle : qui finance, qui sélectionne, qui distribue le cinéma africain ? La chaîne reste largement contrôlée par des acteurs européens. L’Afrique produit des talents. Elle ne contrôle pas encore les circuits qui les valorisent.

Des signaux positifs, un chemin long

Cannes 2026 a aussi restauré *Tilaï* d’Idrissa Ouédraogo — Grand Prix du jury en 1990 — et l’a reprojeté en salle comble. Un geste de mémoire cinématographique rare pour le cinéma africain. La Cinéfondation a distingué un court métrage tunisien. Le gala Women in Cinema a honoré Laïla Marrakchi, Geneviève Nnaji et Marie-Clémentine Dusabejambo.

Ces signaux sont encourageants. Ils ne changent pas encore l’économie profonde du cinéma mondial, où l’Afrique reste productrice de matières premières narratives plus que de puissance industrielle cinématographique.

Quand le cinéma africain cessera-t-il d’être une promesse célébrée en marge pour devenir une force qui concourt au centre ?

Xolomo Tokpa

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