Les signatures s’accumulent. Les combats aussi. Ce 6 juin 2026, les Forces armées de la RDC ont de nouveau accusé la rébellion AFC/M23, soutenue par le Rwanda, de poursuivre ses offensives dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Malgré l’accord-cadre de Doha signé en novembre 2025. Malgré les accords de Washington conclus un an plus tôt. La question de la RDC M23 paix conflit reste plus que jamais d’actualité. Le papier ne fait pas taire les fusils.
Un millefeuille diplomatique qui n’arrête pas les balles
Le lieutenant-colonel Mak Hazukay Mongba, porte-parole intérimaire des FARDC, a dressé samedi un tableau préoccupant. Plusieurs localités continuent d’être frappées par des attaques de la coalition RDF/AFC/M23. Des pertes humaines. De nouveaux déplacements de population. Une réalité de terrain qui contredit frontalement les déclarations optimistes des chancelleries.
Comment en est-on là ? Les processus se sont multipliés sans se coordonner. Washington a négocié un accord RDC-Rwanda en juin 2025. Doha a conduit des pourparlers entre Kinshasa et l’AFC/M23. La Suisse s’est positionnée comme facilitateur discret. L’Union africaine surveille. La Communauté d’Afrique de l’Est observe. Résultat : une superposition de pistes diplomatiques qui offre aux belligérants l’opportunité de choisir le forum le plus favorable à leurs intérêts — et de temporiser sur tous les autres.
Le M23 joue la montre, Kinshasa perd patience
Un point de blocage structurel persiste depuis le début des négociations : l’AFC/M23 exige que son cas soit traité séparément du différend entre la RDC et le Rwanda. Kinshasa refuse cette dissociation. Sans résolution de cette question préalable, aucun accord global n’est possible. Les deux parties ont signé des documents sur les mécanismes de vérification du cessez-le-feu, sur l’échange de prisonniers — mais pas sur le fond.
Pendant ce temps, l’AFC/M23 contrôle toujours de larges pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Chaque semaine supplémentaire de contrôle territorial consolide son emprise administrative, économique et militaire. Le temps joue pour les rebelles. Kinshasa, sous pression internationale et intérieure, court contre la montre.
Les civils, grands oubliés du calendrier diplomatique
Dans ce jeu de dupes entre chancelleries, une réalité s’impose : la situation humanitaire se détériore. L’est de la RDC concentre l’une des plus graves crises de déplacement au monde. Des millions de personnes ont fui leurs foyers. Les infrastructures de santé, d’éducation, d’approvisionnement sont à genoux dans les zones de conflit.
La multiplication des acteurs de médiation n’est pas sans risque. Elle dilue la responsabilité, ralentit les décisions, et donne l’impression d’une communauté internationale occupée — sans être efficace. Le vrai test des accords de Washington et de Doha n’est pas leur signature. C’est leur application sur le terrain. Et là, le bilan est, pour l’heure, sévère.
Les processus de paix en RDC sont-ils devenus une fin en soi — une façon de gérer l’instabilité sans jamais l’éteindre vraiment ?
Xolomo Tokpa

