Un vieux serpent de mer monétaire refait surface. Réunis le 19 juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d’État de la CEDEAO ont réaffirmé leur engagement à lancer la monnaie unique ECO en 2027.
Une entrée progressive, pays par pays
Le communiqué final du 69e sommet ordinaire est explicite sur la méthode retenue. Le lancement se fera d’abord avec les pays remplissant les critères de convergence économique définis par l’organisation. De plus, les autres États membres recevront un accompagnement spécifique pour progresser vers ces standards. Ils rejoindront le dispositif dans un second temps, une fois les critères macroéconomiques atteints. Cette approche différenciée vise à éviter l’échec d’un lancement uniforme et prématuré. Par le passé, cela avait déjà fait capoter plusieurs échéances précédentes du projet.
Un nom déposé, un projet vieux de sept ans
La procédure d’enregistrement de la marque « ECO » a été officiellement lancée auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle. Ensuite, la Commission de la CEDEAO a reçu instruction d’étendre cette démarche à d’autres organismes internationaux compétents. Le nom « Eco » avait été adopté dès 2019 par les dirigeants ouest-africains. Une mise en circulation était alors initialement espérée en 2020. Sept ans après cette annonce initiale, le projet reste toujours au milieu du gué. Il est partagé entre avancées institutionnelles et retards de convergence macroéconomique persistants.
La Guinée rejoint la Task Force présidentielle
Le sommet a validé l’entrée de la Guinée dans la Task Force présidentielle chargée du dossier monétaire. Cette instance politique doit se réunir avant le sommet ordinaire de décembre 2026. Le président ivoirien reste le seul chef d’État encore actif au sein de ce cercle restreint. Par ailleurs, la Commission de la CEDEAO et l’Agence monétaire de l’Afrique de l’Ouest doivent aussi intensifier leurs échanges avec les banques centrales des États membres. Cela permettra de dégager un consensus sur les derniers points techniques avant l’introduction de la monnaie.
Un précédent qui inquiète : l’euro et ses critères
Ce mécanisme de convergence rappelle celui qui avait précédé le lancement de l’euro en Europe, dans les années 1990. À cette époque, les critères de Maastricht avaient alors exclu plusieurs pays européens du premier cercle monétaire. Leur adhésion a été retardée de plusieurs années. Pour la CEDEAO, le Nigeria, première économie régionale, reste un acteur clé dont l’adhésion effective conditionnera largement la crédibilité internationale de l’ECO. Sans cette locomotive économique, la monnaie unique ouest-africaine risque de peiner à s’imposer face au franc CFA, toujours utilisé par huit pays de la zone UEMOA.
L’ECO connaîtra-t-il enfin un lancement effectif en 2027, ou rejoindra-t-il la longue liste des échéances manquées depuis 2000 ?
Xolomo Tokpa

