Chine-Afrique : commerce record, déficit historique

Les échanges explosent, mais pas dans les deux sens. Le commerce entre la Chine et l’Afrique a atteint 203,54 milliards de dollars au premier semestre 2026, un record, révélé dans une revue de presse continentale du 19 juillet.

Une progression de 24% en un an

Cette valeur marque une hausse de 24% par rapport à la même période de l’année précédente. Deux moteurs distincts alimentent cette dynamique spectaculaire. Les exportations chinoises vers le continent ont bondi de 26,2%, pour s’établir à 130,01 milliards de dollars. Les importations chinoises en provenance d’Afrique ont crû de 20,3%, atteignant 73,53 milliards de dollars. Cette intensification des échanges s’inscrit dans un contexte mondial troublé par les tensions commerciales persistantes entre Pékin et Washington, qui pousse la Chine à diversifier davantage ses partenariats commerciaux.

Un déficit qui atteint un niveau inédit

Cette double progression reste pourtant profondément paradoxale pour le continent. Elle a creusé le déficit commercial africain, désormais établi à 56,48 milliards de dollars. Ce niveau, historiquement élevé, interroge sur la pérennité de ce modèle d’échanges. L’Afrique continue d’exporter majoritairement des matières premières brutes vers la Chine. En retour, elle importe des produits manufacturés à plus forte valeur ajoutée, un déséquilibre structurel qui perdure depuis le début des années 2000, lorsque Pékin a fait de l’Afrique un partenaire stratégique de son développement industriel.

Un précédent qui rappelle la relation euro-africaine

Ce type de déséquilibre commercial n’est pas propre à la relation sino-africaine. L’Union européenne, longtemps premier partenaire commercial du continent, a connu un schéma similaire pendant des décennies. Le continent y exportait pétrole, minerais et produits agricoles bruts, tout en important des biens manufacturés européens. La Chine a toutefois dépassé l’UE comme premier partenaire commercial de l’Afrique dès 2009, un basculement qui s’est depuis accentué chaque année. Le volume total des échanges sino-africains avait déjà dépassé 280 milliards de dollars sur l’ensemble de l’année 2023.

Le débat sur la transformation locale, encore d’actualité

Ce déficit commercial rappelle un débat déjà vif ailleurs sur le continent, autour des minéraux critiques. Plusieurs pays africains, dont la Guinée sur l’or et la Côte d’Ivoire sur les minerais stratégiques, poussent aujourd’hui pour davantage de transformation locale de leurs ressources. Le pari est le même face à la Chine : capter une part plus importante de la valeur ajoutée avant l’exportation, plutôt que de se contenter d’écouler des matières premières. Sans cette transformation structurelle, le déficit commercial africain risque de continuer à se creuser, malgré des volumes d’échanges globalement en forte croissance.

L’Afrique parviendra-t-elle à rééquilibrer sa relation commerciale avec la Chine, ou le déficit continuera-t-il de se creuser chaque année ?

Xolomo Tokpa

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