Guinée : Conakry riposte au durcissement des visas UE 

Œil pour œil, visa pour visa. La Guinée a annoncé, ce vendredi 24 juillet 2026, une série de mesures de réciprocité en réponse aux restrictions imposées par l’Union européenne sur les visas guinéens.

Trois mesures miroir dévoilées à Conakry

Le ministre des Affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, a présidé une séance de travail avec les ambassadeurs des États membres de l’UE. Il leur a présenté trois mesures décidées par les autorités guinéennes. La première suspend temporairement les visas à entrées multiples accordés aux ressortissants européens. La deuxième applique des frais de traitement aux détenteurs de passeports diplomatiques et de service, jusqu’ici exonérés. En outre, la troisième allonge les délais de traitement des demandes de visa européennes, en miroir exact de la mesure bruxelloise du 10 juillet. Ce triptyque reproduit, presque terme à terme, les trois sanctions imposées par l’UE aux Guinéens deux semaines plus tôt.

Bruxelles minimise, Conakry s’organise

Les diplomates européens ont tenu à préciser que leur décision du 10 juillet ne suspend pas la délivrance de visas aux Guinéens. De plus, ils évoquent de simples « mesures restrictives temporaires », prévues par l’article 25 bis du Code communautaire des visas. Ce dispositif autorise un examen renforcé des dossiers et la suppression de certaines facilités administratives. La délégation européenne a également indiqué que ces restrictions pourraient être révisées si des progrès sont constatés sur la coopération en matière de réadmission des migrants guinéens en situation irrégulière. Par ailleurs, Dr Kouyaté a réaffirmé, de son côté, l’attachement de la Guinée à une coopération constructive avec ses partenaires européens.

Un principe plutôt qu’une rupture

Cette riposte reste calibrée pour ne pas rompre le dialogue avec Bruxelles. Le ministre guinéen a explicitement rappelé la solidité du partenariat entre Conakry et l’Union européenne, fondé sur plusieurs années de coopération technique et financière. Ce choix d’une réponse proportionnée, plutôt que d’une escalade frontale, distingue la Guinée d’autres pays africains. En effet, certains ont récemment rompu plus brutalement avec des partenaires occidentaux. Le Burkina Faso avait ainsi coupé ses relations diplomatiques avec la France début juillet. Il s’agit d’un geste bien plus radical que la réciprocité mesurée choisie ici par Conakry.

Un bras de fer migratoire aux racines plus larges

Cette passe d’armes s’inscrit dans un contexte migratoire déjà tendu pour la Guinée. Les États-Unis avaient étendu, en décembre 2025, leurs restrictions de visas à 39 pays, dont la Guinée. D’ailleurs, un précédent mécanisme européen similaire avait déjà visé la Gambie en 2021, puis l’Éthiopie en 2024, pour des motifs comparables de non-coopération sur les retours. Le chômage des jeunes reste un puissant facteur d’émigration guinéenne. Par ailleurs, les transferts de la diaspora demeurent une ressource économique essentielle pour de nombreuses familles du pays. La capacité de Conakry à améliorer concrètement sa coopération sur les réadmissions déterminera, à terme, la levée ou non de ces mesures croisées.

Cette réciprocité diplomatique suffira-t-elle à faire plier Bruxelles, ou restera-t-elle un simple geste symbolique ?

Xolomo Tokpa

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