Le 22 mai, il est limogé de la Primature. Le 26 mai, il est élu président de l’Assemblée nationale. Le 6 juin, il convoque le premier congrès ordinaire du PASTEF à Diamniadio. En quinze jours, Ousmane Sonko a réussi un retournement politique spectaculaire. Mais derrière la mécanique institutionnelle, une question s’impose : que prépare-t-il vraiment pour le Sonko congrès PASTEF Sénégal 2026 ?
Un limogeage qui n’a pas ralenti Sonko
Le décret n°2026-1128 du 22 mai 2026 a officialisé la rupture. Le président Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko à la Primature — et par conséquent à celles de tout le gouvernement. Le déclencheur immédiat : une déclaration de Sonko à l’Assemblée nationale, quelques heures avant le limogeage. « Je ne suis pas un Premier ministre qui obéit aveuglément et qui acquiesce à tout », avait-il affirmé publiquement. C’était une rupture ouverte de la solidarité gouvernementale. Faye a répondu dans la foulée.
Mais Sonko n’est pas tombé. Quatre jours plus tard, le parti Pastef — qui détient 130 des 165 sièges de l’Assemblée nationale — l’a élu président du Parlement avec 132 voix sur 133. Il remplace El Malick Ndiaye, démissionnaire. En une semaine, l’ancien Premier ministre est passé de la sortie par la petite porte à la deuxième fonction de l’État.
Le congrès du 6 juin : bien plus qu’une formalité
Ce premier congrès ordinaire du PASTEF, prévu depuis 2019 mais jamais organisé faute de moyens puis en raison des turbulences politiques, prend aujourd’hui une dimension stratégique considérable. Dans un long texte publié sur X le 31 mai, intitulé « Du mouvement à l’organisation », Sonko a fixé l’ambition : transformer le PASTEF d’un mouvement de contestation en un parti pleinement structuré, « capable de pérenniser la révolution démocratique sénégalaise ».
Les délégués de l’intérieur et de la diaspora devront adopter des textes fondamentaux : orientation stratégique, charte idéologique, résolution générale. L’objectif affiché est de construire un « État stratège », une économie souveraine, et une lutte résolue contre la corruption. Les mots sont ceux d’un homme qui se prépare à gouverner — pas à siéger confortablement au perchoir de l’Assemblée.
Le silence sur Diomaye : une déclaration en soi
Le détail qui a frappé les observateurs sénégalais : dans son texte de 31 mai, le nom de Bassirou Diomaye Faye n’apparaît pas une seule fois. Pas de référence à la crise, pas de mention du gouvernement, pas de solidarité affichée avec la présidence. Sonko a choisi le surplomb. Il parle à ses militants, à l’histoire, à l’Afrique. Pas au président de la République.
Ce silence est une posture politique. Il signifie que Sonko ne se considère pas battu, ni même recadré. Il se repositionne sur un terrain où il est chez lui — la doctrine, la mobilisation, l’idéologie — pendant que Faye trouve un nouveau Premier ministre et tente de gouverner sans la majorité parlementaire naturelle du PASTEF.
Une cohabitation explosive à l’horizon
La configuration institutionnelle qui s’installe est inédite dans l’histoire sénégalaise post-indépendance. Un président de la République privé de son chef de gouvernement naturel. Une Assemblée nationale dominée par le parti du président — mais désormais dirigée par son ancien allié devenu rival. Un nouveau Premier ministre à nommer, qui devra obtenir la confiance d’une chambre que Sonko contrôle.
Faye ne pourra pas dissoudre l’Assemblée avant novembre 2026 — soit deux ans après le début de la législature. D’ici là, chaque décision du gouvernement sera une négociation. Et Sonko, depuis le perchoir, dispose d’un levier institutionnel considérable. Il a promis de ne pas « organiser le chaos ». Mais il a aussi précisé que l’Assemblée ne serait « pas un simple chambre d’enregistrement ».
Sonko joue déjà 2029
Le congrès de Diamniadio est aussi un acte de candidature déguisé. En structurant le PASTEF, en fixant une charte idéologique, en se posant comme architecte de la « transformation historique du Sénégal », Sonko prépare sa candidature à la prochaine élection présidentielle. La prochaine, c’est 2029. Faye ne peut pas se représenter immédiatement — la Constitution sénégalaise limite les mandats. Le terrain est donc en partie dégagé.
Il reste une inconnue centrale : la rue. Le PASTEF a construit sa force sur la mobilisation populaire entre 2021 et 2024. Depuis son accession au pouvoir — d’abord via Faye, puis via la Primature — les attentes sociales se sont heurtées aux contraintes de la gouvernance. Chômage, dette, inflation : le Sénégal n’a pas changé aussi vite que promis. Le congrès devra aussi répondre à cette équation-là.
Sonko président de l’Assemblée, candidat putatif pour 2029, architecte du PASTEF structuré — est-ce le début d’une reconquête méthodique du pouvoir, ou une fuite en avant après l’échec de la Primature ?
Xolomo Tokpa

