Sénégal : Diomaye crée son parti, la rupture avec Sonko est consommée

Le 3 juillet 2026, devant 306 maires de la Coalition Diomaye Président, le chef de l’État sénégalais a annoncé la création d’une nouvelle formation politique. Ce parti rassemblera les composantes qui soutiennent directement son action. En clair : ce ne sera pas PASTEF. Ce ne sera pas le parti de Sonko. La cohabitation entre les deux hommes vient de changer de nature. Elle devient structurelle. Et potentiellement irréversible.

Deux hommes, deux partis, un seul pays

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont cofondé PASTEF. Ils ont été emprisonnés ensemble. Ils ont gagné ensemble. Le slogan de 2024 était explicite : « Diomaye mooy Sonko. » Deux ans plus tard, la réalité politique est inverse. Faye préside la République depuis le 24 mars 2024. Sonko préside l’Assemblée nationale depuis le mois de mai 2026. Il vient d’y faire adopter une révision constitutionnelle qui limite les pouvoirs de l’exécutif. Et Faye répond en créant son propre appareil politique. Le message est clair : chacun construit désormais sa propre base.

Les 306 maires — une base de pouvoir réelle

L’annonce faite devant 306 maires n’est pas symbolique. Ces élus locaux, issus des municipales de mai 2026, représentent une implantation territoriale concrète. Ils ont été élus sous des bannières favorables à Faye. En les rassemblant dans une coalition portant son nom, le président leur offre une maison politique propre — distincte de PASTEF. C’est une tactique de construction de base électorale qui s’affranchit de l’hégémonie de Sonko sur le parti.

La révision constitutionnelle comme déclencheur

Le 29 juin, l’Assemblée nationale adoptait la loi n°17/2026 portant révision constitutionnelle. Le texte, porté par Sonko depuis le perchoir, encadre le droit de dissolution de l’Assemblée et interdit au chef de l’État de diriger un parti. Cette dernière disposition ciblait directement Faye. En créant un nouveau parti plutôt qu’en restant à la tête de PASTEF, Faye contourne l’interdiction — et prend l’offensive. Sonko avait voulu lui lier les mains. Faye s’en est délié en quatre jours.

Le Sénégal invente une nouvelle forme de cohabitation

La cohabitation sénégalaise est inédite dans l’histoire politique du pays. Ce n’est pas une cohabitation classique entre deux bords politiques opposés. C’est une cohabitation interne — deux hommes du même camp qui gouvernent depuis deux institutions concurrentes avec des agendas divergents. Cette configuration est risquée. Elle peut produire de la paralysie institutionnelle. Elle peut aussi produire de l’équilibre. Tout dépend de ce que les deux hommes décident de faire des prochains mois.

Quand le président et le président de l’Assemblée nationale, anciens alliés du même parti, créent chacun leur propre appareil politique, le Sénégal invente-t-il une démocratie plus mature — ou prépare-t-il une crise institutionnelle sans précédent ?

Xolomo Tokpa

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