Zimbabwe : Mnangagwa jusqu’en 2030, sans vote du peuple désormais

C’est fait. Le Parlement zimbabwéen a adopté mardi 30 juin le projet de loi d’amendement constitutionnel n° 3 (CAB3) dans sa version finale — 226 voix pour, 41 contre à l’Assemblée nationale. Emmerson Mnangagwa, 83 ans, doit signer dans les 21 jours. Son mandat sera prolongé de deux ans — il reste au pouvoir jusqu’en 2030. Et pour la première fois depuis 1990, les Zimbabwéens n’éliront plus leur président au suffrage universel direct. Ce sera le Parlement qui choisira. La démocratie zimbabwéenne vient de changer de nature.

Ce que le CAB3 fait concrètement

Le CAB3 introduit trois modifications majeures. Première modification : le mandat présidentiel et parlementaire passe de cinq à sept ans. Deuxième modification : l’élection présidentielle au suffrage universel direct est abolie — le futur président sera élu par le Parlement. Troisième modification : les élections législatives prévues en 2028 sont reportées à 2030. Ces trois dispositions, prises ensemble, font du ZANU-PF le seul arbitre du pouvoir zimbabwéen pour au moins dix ans. Un Parlement verrouillé par le parti au pouvoir désignera un président. Sans les électeurs.

Le coup constitutionnel sans nom

Le gouvernement refuse le mot référendum. Le ministre de la Justice Ziyambi Ziyambi invoque une subtilité technique : la limite de deux mandats est maintenue, seule la durée change. Donc, selon lui, la section 328 de la Constitution — qui impose un référendum pour les changements fondamentaux — ne s’applique pas. Les constitutionnalistes zimbabwéens contestent vivement cette lecture. Doug Coltart, avocat de l’opposition, avertit que cette faille pourrait aussi permettre au Parlement de renouveler continuellement son propre mandat. « C’est une interprétation que nous allons désormais devoir combattre. »

Mnangagwa, le Crocodile qui a mangé Mugabe pour mieux le copier

Emmerson Mnangagwa est arrivé au pouvoir en novembre 2017, porté par un coup d’État militaire contre Robert Mugabe — le président qu’il avait servi pendant des décennies. Il se présentait comme le réformateur, le démocrate, l’homme du renouveau. Il avait promis de respecter les limites constitutionnelles des mandats. Huit ans plus tard, il modifie la Constitution pour rester au-delà de ses deux mandats légaux, supprime l’élection directe et utilise le Parlement qu’il contrôle pour s’y maintenir. La trajectoire de Mnangagwa reproduit exactement celle qu’il avait dénoncée chez Mugabe.

Chiwenga contre Mnangagwa : la guerre froide au sommet du ZANU-PF

L’adoption du CAB3 n’a pas que des conséquences pour le peuple zimbabwéen. Elle creuse une fracture au sommet du ZANU-PF. Le vice-président Constantino Chiwenga — général qui avait orchestré la chute de Mugabe en 2017 en pensant succéder rapidement à Mnangagwa — voit ses ambitions repoussées de deux années supplémentaires, peut-être définitivement. Lors d’un rassemblement religieux le 25 avril 2026, Chiwenga avait utilisé la parabole pour signaler son mécontentement. Mnangagwa avait écarté plusieurs cadres militaires suspectés d’être proches de Chiwenga. La tension est réelle et durable.

L’Afrique des constitutions malléables

Le Zimbabwe rejoint un club continental qui s’agrandit vite. Togo, Cameroun, RDC, Sénégal — toutes ces semaines, des constitutions africaines ont été modifiées, contournées ou soumises à des référendums. Chaque cas a ses particularités. Mais le mouvement de fond est identique : les dirigeants en place cherchent à prolonger leur emprise, en utilisant les formes légales pour produire des résultats antidémocratiques.

Quand Mnangagwa prolonge son mandat sans référendum et supprime l’élection présidentielle directe, le Zimbabwe rejoint-il le camp des autocraties constitutionnelles — ou invente-t-il simplement la prochaine phase de ce cycle africain où la loi sert le pouvoir et non l’inverse ?

Xolomo Tokpa

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