Un message présidentiel, un général en mission, une capitale ouest-africaine. Le 8 juin 2026, le chef de la diplomatie sénégalaise Cheick Niang a remis à Abidjan un courrier personnel de Bassirou Diomaye Faye au président Ouattara. L’objet était de présenter officiellement la candidature du Sénégal à la présidence de la Commission de la CEDEAO.
Biram Diop, candidat du Sénégal
Le candidat désigné par Dakar est le général Biram Diop, ancien ministre des Forces armées. Militaire reconverti en homme d’État, il a accompagné le ministre Niang lors de l’audience au Palais présidentiel d’Abidjan. Sa candidature est portée avec soin : avant Abidjan, la délégation sénégalaise avait d’abord consulté les autres capitales de la région. Une tournée diplomatique préalable qui témoigne du sérieux de l’ambition de Dakar.
La présidence de la Commission de la CEDEAO est l’un des postes les plus stratégiques de l’intégration ouest-africaine. Elle pilote le budget, les programmes de développement et la diplomatie de l’organisation. De plus, la positionner entre les mains d’un Sénégalais serait un signal fort. Cela montrerait le retour en grâce de Dakar dans les institutions régionales.
Un mouvement diplomatique habile
Le choix d’Abidjan comme étape centrale n’est pas anodin. La Côte d’Ivoire pèse lourd dans les équilibres de la CEDEAO. Son président Ouattara, figure de long terme du paysage ouest-africain, est un faiseur de rois discret mais efficace. Il joue un rôle clé dans les nominations institutionnelles régionales. Par conséquent, obtenir son soutien — ou à tout le moins sa neutralité bienveillante — est un préalable indispensable.
Le timing de la démarche est lui aussi calculé. Le Sénégal traverse une recomposition politique interne profonde depuis le limogeage d’Ousmane Sonko fin mai. Par ailleurs, Diomaye Faye cherche à affirmer son autorité sur la scène internationale. Cela arrive au moment même où il consolide son pouvoir en interne. Une victoire à la CEDEAO renforcerait considérablement sa stature.
La CEDEAO en quête de légitimité
L’organisation traverse elle-même une crise existentielle depuis la sortie du Mali, du Burkina Faso et du Niger en 2025 pour former l’Alliance des États du Sahel. La CEDEAO a perdu trois membres en moins de deux ans. Ainsi, elle doit se réinventer — ou risquer de n’être plus qu’un club des États côtiers.
Dans ce contexte, la candidature sénégalaise arrive chargée de sens. Le Sénégal est l’un des rares pays de la région à maintenir des relations — certes tendues — avec les trois membres de l’AES. De plus, son réseau diplomatique, son poids économique et sa tradition démocratique en font un acteur crédible. Le pays pourrait incarner un recentrage de la CEDEAO sur ses missions fondamentales.
La décision finale revient à un vote des chefs d’État membres lors du prochain sommet de l’organisation, prévu à l’automne 2026.
Le Sénégal peut-il incarner le renouveau d’une CEDEAO fragilisée, ou cette candidature n’est-elle qu’un signe de plus de la recomposition en cours des équilibres ouest-africains ?
Xolomo Tokpa

