Un kit biométrique, une ambassade à Bamako, cinq premiers passeports remis en main propre. Le 1er juin 2026, le Burkina Faso a franchi un pas concret vers l’intégration confédérale de l’Alliance des États du Sahel. Il s’agit là du tout premier passeport AES Confédération Sahel remis dans ce cadre historique. Ce n’est pas un sommet de chefs d’État. C’est plus discret — et peut-être plus durable.
Un million de Burkinabè sans papiers AES au Mali
Le chiffre est vertigineux. Plus d’un million de ressortissants burkinabè résidant au Mali ne disposent d’aucun document d’identité de la Confédération. Ils vivent avec leurs anciens titres nationaux, dans un espace qui prétend construire une citoyenneté commune. Le déploiement de kits mobiles d’enrôlement biométrique à l’ambassade du Burkina à Bamako entend corriger cette anomalie.
La Carte d’identité biométrique AES est valable dix ans, délivrée dès cinq ans, obligatoire à treize ans. Son coût : 3 500 FCFA. Le passeport AES, lui, a vocation à remplacer progressivement les documents nationaux dans les trois États membres — Mali, Burkina Faso, Niger. Bamako est la phase pilote. Le dispositif sera étendu aux autres représentations consulaires burkinabè.
Au-delà du document : un projet de souveraineté
L’opération a réuni les ministres de la Sécurité des deux pays — le général Daoud Aly Mohammedine côté malien, le commissaire Mahamadou Sana côté burkinabè. Ce n’est pas un acte administratif anodin. C’est la mise en chair d’une confédération née sur papier en juillet 2024, qui doit maintenant exister dans la vie quotidienne des citoyens.
Les discussions entre les deux ministres ont également porté sur la lutte contre le terrorisme, la criminalité transfrontalière et la libre circulation des personnes. La coopération sécuritaire et la coopération documentaire avancent de concert — deux faces d’une même vision : créer un espace sahélien autonome, lisible, gouverné depuis Bamako et Ouagadougou plutôt que depuis Bruxelles ou Paris.
Un test de crédibilité pour la Confédération
L’AES a su affirmer son existence politique — sorties de la CEDEAO, rapprochement avec Moscou, réaffirmation devant le Conseil de sécurité de l’ONU en mai 2026. Mais une confédération se mesure aussi à sa capacité à délivrer des services concrets à ses citoyens. Un passeport commun à 3 500 FCFA, produit au Burkina, récupérable à Bamako : c’est ce test-là que l’AES est en train de passer.
Les défis restent immenses. La production de masse, la sécurisation des données biométriques, l’interopérabilité des systèmes entre les trois pays — autant d’obstacles techniques qui feront la différence entre symbole et réalité opérationnelle.
L’intégration confédérale de l’AES peut-elle se construire par le bas — par les documents, les frontières, la circulation — plutôt que par le haut des discours de chefs de junte ?
Xolomo Tokpa

