Un flambeau qui change de mains à Freetown. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a été désigné, ce dimanche 19 juillet 2026, président en exercice de la CEDEAO. Il exercera ce mandat pour un an.
« Mon jeune frère » aux commandes
La passation s’est déroulée à Lungi, près de Freetown, à l’issue du 69e sommet ordinaire de l’organisation. Le président sierra-léonais sortant, Julius Maada Bio, a cédé sa place en des termes chaleureux. « Je suis heureux de passer le flambeau à mon jeune frère, Son Excellence Bassirou Diomaye Diakhar Faye », a-t-il déclaré devant ses pairs. Plusieurs chefs d’État ouest-africains assistaient à la cérémonie. Parmi eux figuraient le Guinéen Mamadi Doumbouya, Ghanéen John Dramani Mahama, le Gambien Adama Barrow, le Capverdien José María Neves et le Béninois Romuald Wadagni. De plus, la session s’est tenue au tout nouveau Centre international de conférence Julius Maada Bio, inauguré la veille.
Une double casquette inédite pour Dakar
Cette nomination revêt une portée particulière pour le Sénégal. Le pays avait déjà obtenu, lors du sommet d’Abuja en décembre 2025, la présidence de la Commission de la CEDEAO pour le mandat 2026-2030. Le général Birame Diop doit y succéder à Omar Alieu Touray. Le Sénégal cumule ainsi, pour la première fois de son histoire, la tête politique et l’organe exécutif de l’organisation régionale. Un précédent comparable existe au Nigeria. C’est le seul autre pays à avoir occupé simultanément des postes stratégiques similaires au sein de la CEDEAO, au début des années 2000.
Le terrorisme, chantier prioritaire
Faye a dressé devant ses pairs un diagnostic sans détour de la situation régionale. Il évoque une économie résiliente mais encore vulnérable. Celle-ci est minée par le terrorisme et des institutions fragilisées. L’opérationnalisation de la force régionale de lutte contre le terrorisme figure en tête de ses priorités affichées. De plus, il souhaite aussi renforcer l’autonomie financière de l’organisation et mutualiser davantage les moyens entre États membres. Sur le plan économique, il ambitionne de porter le commerce intra-régional à 40% d’ici 2035, contre environ 12% actuellement. Enfin, il souhaite bâtir un marché numérique unique à l’horizon 2030.
L’épineux dossier de l’AES
Le nouveau président en exercice hérite aussi d’un contentieux ouvert depuis 2023. La rupture avec les pays de l’Alliance des États du Sahel, actée après leur départ officiel en janvier 2025, continue de fragiliser l’organisation. Ainsi, le Mali, le Burkina Faso et le Niger restent en dehors du giron de la CEDEAO depuis cette rupture. Faye devra composer avec cette fracture régionale. Par ailleurs, il devra aussi gérer les tensions sécuritaires croissantes qui touchent désormais le sud du Nigeria et plusieurs zones côtières auparavant épargnées par la menace jihadiste.
Bassirou Diomaye Faye parviendra-t-il à réconcilier une CEDEAO fracturée par le départ de trois de ses membres fondateurs ?
Xolomo Tokpa

