Rome ouvre grand son écran aux récits africains. Le RomAfrica Film Festival, 12e édition, débute ce jeudi 16 juillet 2026, avec la projection d’un long métrage égyptien à l’Académie d’Égypte.
Un lancement égyptien avant Villa Borghese
L’ouverture se fait avec « Love, Imagined », long métrage de la réalisatrice égyptienne Sarah Rozik. Le festival se poursuit les 17 et 18 juillet à la Casa del Cinema, au cœur de Villa Borghese. Deux salles y accueillent les projections : la Sala Fellini et le Teatro all’aperto Ettore Scola. L’ensemble des séances est gratuit, dans la limite des places disponibles. Cette formule attire un public romain curieux de cinémas encore trop peu visibles en Italie.
Cinq pays africains à l’affiche
La programmation du 17 juillet illustre la diversité de cette édition. « Una goccia nell’oceano », documentaire consacré à São Tomé-et-Principe, ouvre l’après-midi à 15 heures. Le Nigeria est représenté par « A Land Apart », long métrage de Bem Pever, projeté à 18 heures. La Côte d’Ivoire suit avec « Au-delà des illusions », film de Salif Koné. Le Sénégal complète la soirée avec deux courts métrages, « Le Refus » de Meissa Wade et « Dent pur dent » d’Ottis Ba Mamadou, ce dernier présenté en lien avec le FESPACO de Ouagadougou.
Une taille humaine assumée comme force
Contrairement aux grands marchés du cinéma international, RomAfrica revendique une échelle volontairement modeste. Le festival se présente comme une plateforme de visibilité, de médiation et de rencontre. Chaque séance permet de contextualiser les films et d’échanger avec réalisateurs, diplomates et producteurs. Cette approche rappelle celle du festival Africajarc, dans le Lot en France, qui attire chaque année entre 20 000 et 25 000 festivaliers autour des cultures africaines depuis 1999.
Face au mastodonte FESPACO
La comparaison avec le FESPACO de Ouagadougou, doyen des festivals africains, mesure tout le chemin parcouru par ce type d’événement. Créé en 1969, il ne réunissait à ses débuts que cinq pays et 24 films, devant une dizaine de milliers de spectateurs. Son édition 2025 a reçu un nombre record de 1 351 films soumis, venus de 48 pays différents. La 30e édition du FESPACO se tiendra du 27 février au 6 mars 2027 à Ouagadougou. Le Nigeria, lui, a développé sa propre voie avec l’Africa International Film Festival, fondé en 2010 par la productrice Chioma Ude à Port Harcourt. Cette diversité de formats, du grand rendez-vous institutionnel à la manifestation de niche comme RomAfrica, illustre la vitalité retrouvée des cinémas africains sur la scène internationale.
Rome, ville de mémoires africaines
Les organisateurs insistent sur la portée symbolique du choix de Rome. La ville n’est pas seulement associée à son patrimoine antique. Elle est aussi une ville de migrations, de langues mêlées et de mémoires africaines souvent invisibles. Le festival veut rappeler que l’Afrique n’est pas seulement un sujet de débat migratoire ou humanitaire en Europe. Elle reste avant tout une puissance créatrice de récits, de formes et de regards, portée par ses cinéastes et son public, en pleine expansion sur la scène internationale.
Le cinéma africain peut-il enfin s’imposer en Europe autrement que comme sujet migratoire ou humanitaire ?
Xolomo Tokpa

