Paul Biya a quitté Yaoundé le 7 juin 2026. Il est à Genève depuis vingt-six jours. Le gouvernement confirme sa présence en Suisse mais dément toute hospitalisation. Il a 93 ans. Il est au pouvoir depuis 1982. Paul Biya est le plus vieux chef d’État en exercice dans le monde. Et le Cameroun, 29 millions d’habitants, attend.
Le malaise du 20 mai qui a tout déclenché
Le 20 mai 2026, lors de la réception officielle de la fête nationale au palais de l’Unité, Paul Biya est victime d’un malaise. Son équipe médicale intervient immédiatement. La télévision publique CRTV coupe les images. Des médecins européens sont dépêchés à Yaoundé en renfort. Un avion médicalisé est affrété depuis l’Europe — stationne d’abord en Guinée équatoriale pour des raisons de discrétion, attend cinq jours sur le tarmac de Nsimalen. Biya ne part que le 7 juin, deux semaines après le malaise.
Le 17 juin, Jeune Afrique révèle qu’il est pris en charge dans une clinique privée genevoise. Le lendemain, le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi publie un communiqué cinglant. Il dément l’hospitalisation mais confirme la présence en Suisse. Il promet un retour « dans les plus brefs délais ». Depuis, silence officiel. Aucune date de retour.
Les dossiers qui attendent — et la succession qui se joue
Selon Jeune Afrique, plusieurs dossiers urgents suivent Biya à Genève. La désignation d’un vice-président de la République — poste en discussion depuis des mois. Les nominations de hauts gradés militaires. La présidence du Conseil supérieur de la magistrature. Ces décisions ne peuvent être prises que par le chef de l’État. Elles attendent donc Genève.
L’autre information révélée par Jeune Afrique est plus politique encore. Franck Biya, fils du président, actuellement à Monaco pour affaires, doit rejoindre son père à Genève. Une séance de travail est prévue. Le projet de vice-présidence figure à l’ordre du jour. Le nom de Franck Biya est cité parmi les favoris pour ce poste. Si c’est exact, la succession du Cameroun se négocie entre Monaco et Genève — loin de Yaoundé et de tout cadre institutionnel visible.
Un communiqué qui dit tout sans rien dire
Le communiqué de Sadi est une leçon de communication officielle en zone grise. Il confirme Genève. Il dément l’hospitalisation. Le communiqué admet des « consultations médicales possibles ». Sadi assure que Biya « suit les affaires de la République ». Il promet le retour sans dater. Il ne précise pas l’état de santé. Ce communiqué ne mentionne ni le malaise du 20 mai ni l’avion médicalisé.
Ce flou calculé n’est pas camerounais. C’est une tradition africaine du secret médical présidentiel. Paul Biya à Genève en 2025 pour des semaines — même scénario. Gnassingbé à Genève depuis le 7 juin 2026. Biya à Genève depuis le 7 juin 2026. Deux présidents africains dans la même ville en même temps. Les cliniques privées suisses sont devenues les antichambre du pouvoir africain.
Ce que ça révèle sur les institutions camerounaises
En vertu de la Constitution camerounaise, c’est le président du Sénat qui assure l’intérim présidentiel en cas d’empêchement. Marcel Niat Njifenji, 89 ans lui aussi, assure ce rôle. Deux hommes âgés de plus de 85 ans se partagent la continuité de l’État camerounais. Le projet de création d’un vice-président — coincé à Genève — aurait précisément pour objectif de remédier à ce vide institutionnel.
Quand le Cameroun attend son président depuis vingt-six jours et que la succession se négocie entre Monaco et Genève, qui gouverne vraiment un pays de 29 millions d’habitants ?
Xolomo Tokpa

