Une Nigériane prend les rênes d’un poste stratégique mais souvent sous-doté. António Guterres a nommé Ahunna Eziakonwa conseillère spéciale pour l’Afrique, succédant à la Cap-Verdienne Cristina Duarte. Décryptage d’une nomination qui interroge le poids réel de la voix africaine au sein de l’ONU.
Un profil taillé pour le poste
Ahunna Eziakonwa n’arrive pas en terrain inconnu. Secrétaire générale adjointe de l’ONU, elle dirigeait jusqu’ici le Bureau régional pour l’Afrique du Programme des Nations unies pour le développement. Elle supervisait l’accompagnement de 46 pays africains vers l’Agenda 2030 et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Depuis 2018, elle a façonné l’approche stratégique du PNUD sur le continent, articulant développement économique et gouvernance politique. Avant cela, elle a été coordonnatrice résidente et humanitaire de l’ONU en Éthiopie, en Ouganda et au Lesotho. Dans ces pays, elle a piloté des opérations de terrain dans des contextes de crise.
Une expérience humanitaire de terrain
Eziakonwa a également dirigé la section Afrique du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU. À ce poste, elle a coordonné des opérations dans quinze pays africains. Par ailleurs, cette double compétence, développement et urgence humanitaire, correspond aux défis immédiats auxquels elle devra faire face : Sahel, Corne de l’Afrique, crises climatiques et sécuritaires imbriquées.
Titulaire d’un master en affaires internationales de l’université Columbia, avec une spécialisation sur le développement économique et politique africain, elle incarne une génération de cadres onusiens africains formés à la fois localement et dans les grandes institutions occidentales.
Un poste à l’influence limitée ?
La fonction de conseiller spécial pour l’Afrique reste cependant marquée par un paradoxe : des attentes élevées pour des moyens réels souvent restreints. De plus, les précédents titulaires ont peiné à peser durablement sur les décisions des grandes agences onusiennes ou du Conseil de sécurité, selon plusieurs observateurs.
La nomination s’inscrit néanmoins dans une dynamique plus large de renforcement de la représentation africaine dans la hiérarchie onusienne. En effet, ce moment coïncide avec une multiplication des critiques sur le déséquilibre Nord-Sud au sein du système des Nations unies, notamment sur le financement de l’aide.
Quels dossiers prioritaires ?
À court terme, Eziakonwa devra arbitrer entre les urgences humanitaires immédiates, notamment au Sahel et dans la Corne de l’Afrique. Elle devra aussi gérer les transformations structurelles attendues par les chefs d’État africains, en particulier sur le financement du développement et l’allègement de la dette.
Son profil d’ancienne coordinatrice humanitaire pourrait lui donner une légitimité particulière pour porter ces dossiers devant le Secrétariat général. Toutefois, cela n’est possible qu’à condition que le poste soit doté de moyens d’action concrets, ce qui reste l’inconnue principale de cette nomination.
Cette nomination renforcera-t-elle réellement le poids de l’Afrique dans les décisions stratégiques de l’ONU ?
Xolomo Tokpa

