Un chiffre vertigineux pour une ambition claire. Le Parlement ivoirien a validé le Plan national de développement 2026-2030, doté de 114 000 milliards de FCFA. Le PND Côte d’Ivoire 2026-2030 vise un objectif affiché : hisser le pays au rang de revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030. Décryptage d’un pari économique et politique majeur.
Six axes pour transformer l’économie
Présenté par le ministre du Plan Souleymane Diarrassouba devant la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, le PND 2026-2030 repose sur six axes prioritaires. Il s’agit de la sécurité et stabilité, de la modernisation de l’agriculture, du développement du secteur privé, du renforcement du capital humain, des infrastructures et d’une gouvernance efficace.
Le plan ambitionne une croissance économique annuelle moyenne d’environ 6,5 %. Cette croissance sera portée par la continuité des politiques engagées depuis 2012. Le précédent PND 2021-2025 avait déjà permis des avancées notables en infrastructures, santé, éducation et accès à l’électricité et à l’eau potable. Selon le gouvernement, ces progrès sont significatifs.
Un financement majoritairement privé
Sur les 114 000 milliards de FCFA prévus, l’essentiel du financement repose sur un partenariat renforcé entre l’État et le secteur privé. De plus, le financement est complété par le soutien des partenaires techniques et financiers internationaux. Cette répartition traduit une volonté de limiter la dépendance aux ressources publiques et à l’endettement extérieur.
Le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle 2027-2029, adopté en parallèle par le Conseil des ministres, projette une croissance réelle du PIB de 6,8 % en moyenne annuelle. Ceci, malgré des tensions politiques et commerciales exogènes évoquées par les autorités.
Des vents contraires venus de l’extérieur
La Côte d’Ivoire figure parmi les pays ouest-africains les plus affectés par les récents ajustements tarifaires américains. En effet, il y a des droits de douane réciproques de 21 %. Cependant, bien que les États-Unis ne représentent qu’environ 5 % des exportations ivoiriennes, l’incertitude commerciale qui en découle pourrait réduire la croissance moyenne de 0,3 point sur la période 2025-2027.
Selon les projections de la Banque mondiale, la croissance ivoirienne s’établirait néanmoins à 5,8 % en 2025, 6,1 % en 2026 et 6,4 % en 2027. Ce sont des niveaux qui restent parmi les plus élevés de la sous-région. Ceci, malgré ce contexte international tendu.
Infrastructures : l’exemple de l’autoroute du Nord
Concrètement, le PND se traduit déjà par des décisions d’investissement. Par exemple, le Conseil des ministres a ratifié un prêt de 30 milliards de FCFA auprès de la Banque ouest-africaine de développement. Ce prêt servira à financer la section Kobo-Kanawolo de l’autoroute du Nord. Cette section est longue de 47,3 kilomètres et est construite en deux fois deux voies.
Cette infrastructure doit accélérer les échanges commerciaux le long du corridor reliant le port autonome d’Abidjan aux pays de l’hinterland sahélien. Il s’agit d’un enjeu logistique majeur pour l’intégration économique régionale. Cela inclut les pays de l’AES.
Un objectif 2030 sous conditions
Atteindre le statut de pays à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030 suppose de maintenir une croissance soutenue. Il conviendra aussi de créer massivement des emplois et de réduire la pauvreté. Ceci, dans un contexte régional marqué par l’insécurité au Sahel et des tensions commerciales mondiales persistantes.
La capacité du secteur privé ivoirien à absorber une part aussi importante du financement, et celle de l’État à mobiliser davantage de ressources fiscales internes, seront déterminantes. En effet, ces éléments seront essentiels pour la crédibilité de ce plan sur le moyen terme.
La Côte d’Ivoire peut-elle vraiment atteindre le statut de revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030 ?
Xolomo Tokpa

