Ouganda : quand le fils de Museveni poste l’enlèvement d’un avocat

Le 15 juin 2026, Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée ougandaise et fils du président Yoweri Museveni, a posté sur X des photos revendiquant l’enlèvement de l’avocat et maire de Kampala Erias Lukwago. Il affirme être « fier » de la souffrance infligée. Ce n’est pas une bavure. C’est une revendication publique, assumée, documentée. En Ouganda, l’impunité ne se cache plus — elle se publie.

Qui est Erias Lukwago et pourquoi visait-il Muhoozi ?

Erias Lukwago n’est pas un inconnu. Maire de Kampala, avocat réputé, figure centrale de l’opposition ougandaise, il représente notamment Kizza Besigye — opposant historique enlevé au Kenya en 2024 et toujours en détention préventive. Le 15 juin, Lukwago s’apprêtait à signifier des documents juridiques citant à comparaître Muhoozi Kainerugaba dans le cadre de cette affaire. Il a été intercepté avant de pouvoir déposer les documents.

Sa famille a alerté publiquement dès le soir du 15 juin. Le parti Front Populaire pour la Liberté (PFF) a confirmé les faits. Selon plusieurs sources, Lukwago aurait été détenu par des hommes en tenue militaire sans identification.

Muhoozi revendique, Museveni se tait

Ce qui rend cet épisode sans précédent, c’est la communication de Muhoozi Kainerugaba lui-même. Sur X, le général a publié des photos de Lukwago en état de détention, accompagnées de messages explicites revendiquant l’opération. Il affirme être « fier » de ce qui a été fait. Il laisse entendre que l’opposant subira des traitements sévères. Ces publications, loin d’être effacées immédiatement, ont circulé pendant plusieurs heures.

Muhoozi Kainerugaba est connu pour ses prises de position incendiaires sur les réseaux sociaux. En 2024, il avait publié des menaces de mort contre des leaders de l’opposition. En 2025, des menaces similaires visaient des journalistes. À chaque fois, l’impunité a suivi. Aucune sanction institutionnelle n’a jamais été prise contre lui.

Museveni, 40 ans au pouvoir, et la succession qui se prépare

Le silence du président Yoweri Museveni face aux agissements de son fils n’est pas une surprise. Depuis des années, les observateurs notent que Muhoozi est préparé à une forme de succession. Sa montée en puissance dans l’armée — il est désormais chef des forces de défense — s’est accompagnée d’une liberté d’action croissante, y compris dans les domaines politiques et sécuritaires.

Réélu en janvier 2026 avec 71 % des voix dans un scrutin jugé non compétitif par les observateurs internationaux, Museveni entame son septième mandat. L’opposition est fragmentée, emprisonnée ou exilée. Kizza Besigye est en détention depuis 2024. Bobi Wine opère sous surveillance constante. Lukwago était l’une des dernières voix juridiques actives de l’opposition structurée.

Ce que dit le droit — et ce que dit la réalité

L’enlèvement d’un avocat en exercice, au moment où il s’apprête à ester en justice, constitue une violation grave de l’état de droit. L’Ouganda est signataire de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Les principes de l’ONU sur l’indépendance des avocats protègent explicitement l’exercice de la fonction juridique.

Mais le droit et la réalité ne se parlent plus en Ouganda. En juin 2025, le Parlement a adopté une loi permettant de juger des civils devant des tribunaux militaires. Les ONG de défense des droits humains sont sous pression. La presse subit des restrictions croissantes. L’affaire Lukwago s’inscrit dans une trajectoire autoritaire cohérente et accélérée.

Quelle réaction de la communauté internationale ?

L’Union africaine, l’Union européenne et plusieurs ambassades à Kampala n’avaient pas encore réagi officiellement au moment de la publication de cet article. Les États-Unis, qui avaient émis des critiques lors de l’élection de janvier 2026, observent. La Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) reste silencieuse. Ce silence collectif face à une revendication publique d’enlèvement par un chef militaire en exercice dit beaucoup sur les limites des mécanismes régionaux de protection des droits humains.

Quand un général revendique publiquement l’enlèvement d’un avocat sans que personne ne le sanctionne, quel message cela envoie-t-il aux autres opposants — et à la règle de droit sur le continent ?

Xolomo Tokpa

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