Le mot est lourd, et il a été prononcé par une mission d’enquête des Nations unies. Après la chute d’El-Fasher en octobre 2025, un rapport onusien évoque des « signes distinctifs d’un génocide » contre les communautés non arabes du Darfour. Cette qualification pourrait redéfinir la réponse internationale au conflit soudanais.
Un mode opératoire reconstitué
Le rapport ne se limite pas à documenter les violences ayant accompagné la prise d’El-Fasher par les Forces de soutien rapide. Cet événement est survenu après plus de 500 jours de siège. De plus, il reconstitue un mode opératoire systématique de ciblage ethnique. Cette méthode vise particulièrement les communautés Zaghawa et Four du Darfour-Nord.
Selon la mission d’enquête, les déclarations publiques des paramilitaires du général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », appellent explicitement à « vider » la ville de certaines populations. Ces déclarations sont indissociables des exactions commises sur le terrain. Par ailleurs, des exécutions ciblées, des viols de masse et des disparitions forcées figurent parmi les faits documentés.
Un écho à la guerre du Darfour des années 2000
Les FSR sont issues des milices janjawid, actives lors de la première guerre du Darfour il y a plus de vingt ans. À cette époque, les mêmes communautés non arabes avaient déjà été visées. Pour de nombreux survivants, la chute d’El-Fasher a ainsi un goût de répétition tragique d’un cycle de violence ethnique jamais véritablement jugé.
Plus de 107 000 civils ont fui la ville selon l’Organisation internationale pour les migrations. La majorité se dirige vers Tawila, à une soixantaine de kilomètres. C’est là que s’amassent désormais des centaines de milliers de déplacés dans des conditions humanitaires critiques.
Une réponse internationale toujours fragmentée
Le Conseil de sécurité a prorogé jusqu’au 12 septembre 2026 le régime de sanctions visant le Soudan. Pourtant, la résolution exigeant la fin du siège d’El-Fasher s’est heurtée à l’abstention russe. De plus, le Bureau des droits humains de l’ONU accuse désormais les deux camps de crimes internationaux : crimes contre l’humanité pour les FSR, crimes de guerre pour l’armée soudanaise.
Le HCR a lancé un appel de fonds de 1,6 milliard de dollars pour venir en aide à 5,9 millions de réfugiés soudanais répartis dans sept pays voisins. Ce montant illustre l’ampleur d’une crise désormais qualifiée de pire urgence humanitaire au monde par plusieurs agences onusiennes.
Quelles conséquences pour les responsables ?
La qualification de « génocide » par une mission d’enquête de l’ONU, même non contraignante juridiquement, ouvre la voie à des poursuites devant des juridictions internationales. En outre, elle place une pression accrue sur les partenaires régionaux et internationaux du Soudan. Certains observateurs accusent ces acteurs de fermer les yeux sur les flux d’armement vers les belligérants.
Pour l’Union africaine, ce rapport relance le débat sur la réintégration éventuelle du Soudan dans les instances continentales. En outre, il souligne la nécessité d’une médiation africaine renforcée. En effet, les efforts diplomatiques précédents n’ont pas permis d’arrêter les combats.
La qualification de génocide suffira-t-elle à débloquer une intervention internationale plus ferme au Soudan ?
Cet article aborde des violences graves documentées par les Nations unies. Si ces sujets vous affectent personnellement, n’hésitez pas à solliciter un accompagnement auprès de structures spécialisées.
Xolomo Tokpa

