Guinée : Kouyaté, le médiateur clé entre CEDEAO et AES

Un diplomate guinéen au cœur de la crise régionale ouest-africaine. Depuis mars 2026, Lansana Kouyaté, ancien Premier ministre de Guinée, porte la lourde mission de réconcilier la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel. Cette responsabilité replace Conakry sur l’échiquier diplomatique régional.

Une nomination stratégique pour Conakry

Le 23 mars 2026, la Conférence des chefs d’État de la CEDEAO a désigné Lansana Kouyaté comme négociateur en chef chargé du dialogue avec l’AES. Ancien secrétaire exécutif de l’organisation entre 2002 et 2007, il connaît intimement les rouages institutionnels de l’organisation ouest-africaine.

Sa mission : renouer le dialogue avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ce sont trois pays ayant officialisé leur retrait de la CEDEAO en janvier 2025 après avoir formé l’AES. Ainsi, pour la Guinée, voir l’un de ses anciens chefs de gouvernement endosser ce rôle constitue une reconnaissance diplomatique notable.

Un marathon diplomatique à travers la région

Depuis sa nomination, Kouyaté multiplie les déplacements. Il a été reçu par le président ivoirien Alassane Ouattara à Abidjan le 30 avril. Ensuite, il a été reçu par le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye à Dakar le 8 mai. Le 25 mai, il s’est rendu à Ouagadougou pour rencontrer le capitaine Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso. Celui-ci est également président en exercice de l’AES.

Cette rencontre avec Traoré, la première entre l’émissaire CEDEAO et le chef de l’AES depuis sa nomination, a porté sur la sécurité et la stabilité régionale. Par ailleurs, Kouyaté y a plaidé pour une coopération « exemplaire » entre les deux blocs, invoquant la contiguïté géographique comme fondement nécessaire au dialogue.

Les enjeux concrets : libre circulation et sécurité

Au cœur des discussions figure le maintien de la libre circulation des personnes et des biens. Il s’agit de l’un des acquis majeurs de l’intégration ouest-africaine que les trois pays sahéliens continuent d’appliquer malgré leur retrait. Sa préservation reste une priorité affichée par Kouyaté dans chacune de ses étapes.

La coopération sécuritaire face au terrorisme constitue l’autre dossier sensible. La fragmentation institutionnelle a affaibli la coordination antiterroriste dans une région où le Sahel reste l’épicentre des violences jihadistes. Aucun accord formel n’a pour l’instant été annoncé à l’issue de ces rencontres.

Un mandat sous haute attente

Initialement fixé à trois mois, le mandat de Kouyaté arrive à un moment charnière. La CEDEAO, qui célèbre son cinquantenaire, traverse une phase de recomposition profonde. Un possible futur leadership sénégalais à sa présidence s’annonce également. La réussite de cette médiation pèsera sur la crédibilité de l’organisation face aux régimes de transition sahéliens.

Pour la Guinée, en transition politique sous la présidence du général Mamadi Doumbouya, ce rôle de Kouyaté offre une vitrine diplomatique discrète mais significative. Cela intervient à l’heure où le pays cherche à consolider ses relations avec ses partenaires régionaux et internationaux.

Lansana Kouyaté parviendra-t-il à rapprocher durablement la CEDEAO et l’AES, ou cette médiation restera-t-elle symbolique ?

Xolomo Tokpa

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