Nigeria : les jihadistes recrutent sur WhatsApp, l’armée en alerte

Le 2 juillet 2026 à Abuja, le chef d’état-major de l’armée nigériane, le lieutenant-général Waidi Shaibu, a déclenché l’alarme. Lors du Séminaire 2026 de l’École de cyberguerre de l’armée nigériane, il a averti que les groupes terroristes exploitent massivement le cyberespace. Recrutement, levée de fonds, coordination d’attaques, propagande. Les jihadistes ne frappent plus seulement avec des armes. Ils recrutent sur WhatsApp. Ils planifient sur Telegram. Et les États africains courent après.

Ce que l’état-major a révélé à Abuja

Le lieutenant-général Waidi Shaibu a décrit un changement de doctrine des groupes armés. Boko Haram, l’ISWAP et d’autres organisations criminelles ont migré vers le cyberespace pour leurs opérations. Recrutement de nouveaux membres via des groupes privés sur les réseaux sociaux. Levée de fonds en cryptomonnaies intraçables. Coordination des attaques par messageries chiffrées. Diffusion de propagande sur des plateformes mondiales. Le chef d’état-major l’a formulé sans ambiguïté : « Les acteurs hostiles n’ont plus besoin d’une présence physique pour perturber les infrastructures critiques ou compromettre des informations sensibles. »

Une guerre qui change de terrain

Le jihadisme sahélien et nigérian a été longtemps pensé comme un phénomène territorial. Des groupes armés qui contrôlent des zones rurales, des routes, des postes-frontières. Cette cartographie reste vraie. Mais elle est incomplète. Depuis 2023, les services de renseignement africains documentent une migration significative des opérations jihadistes vers le numérique. Les jeunes recrues ne sont plus seulement abordées dans des mosquées ou des marchés. Elles le sont dans des groupes WhatsApp, sur TikTok, dans des forums en ligne qui utilisent un langage codé. L’École de cyberguerre de l’armée nigériane a été précisément créée pour répondre à cette menace.

WhatsApp, Telegram, les mêmes outils — deux usages

La coïncidence est frappante et mérite d’être nommée. Au même moment où les jihadistes nigérians utilisent WhatsApp pour recruter et coordonner leurs attaques, des élèves guinéens utilisent la même application pour diffuser des corrigés de baccalauréat. Le même outil. Des usages radicalement différents. Mais le même défi pour les États : comment réguler un espace numérique sans le contrôler de manière autoritaire ? La réponse africaine à cette question est encore en construction.

La réponse africaine à la cybermenace : en retard

L’armée nigériane est l’une des rares forces africaines à avoir créé une école dédiée à la cyberguerre. La plupart des États du continent n’ont pas de stratégie nationale de cybersécurité opérationnelle. Les budgets alloués à la cyberdéfense restent marginaux par rapport aux dépenses militaires conventionnelles. Les talibans ont utilisé WhatsApp pour coordonner leur retour au pouvoir en Afghanistan. L’ISWAP utilise Telegram pour diffuser ses revendications. Si les États africains ne développent pas des capacités cyber à la hauteur de ces menaces, ils perdront la prochaine génération de conflits sans avoir tiré un seul coup de feu.

L’attaque de Lassa — le lien entre terrain et numérique

Le 29 juin, des combattants ISWAP ont attaqué Lassa dans l’État de Borno. 37 élèves sont portés disparus. Cette attaque a été préparée. Elle l’a été avec des moyens de communication que l’armée nigériane reconnaît elle-même ne pas maîtriser entièrement. Le séminaire d’Abuja du 2 juillet est une réponse directe à cette réalité. Mais entre un séminaire et une capacité opérationnelle de surveillance cyber, il y a un gouffre que la volonté politique seule ne comblera pas.

Quand les jihadistes recrutent sur WhatsApp et coordonnent leurs attaques sur Telegram, est-ce que les armées africaines qui investissent dans des chars et des drones investissent dans les bonnes armes pour la prochaine génération de guerres ?

Xolomo Tokpa

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