Le 29 juin 2026, des combattants présumés de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) ont attaqué la localité de Lassa, dans l’État de Borno au nord-est du Nigeria. Des élèves ont été enlevés. Le 30 juin, le bilan officiel est tombé : 37 enfants sont toujours portés disparus. Amnesty International a publié une condamnation ferme le même jour. Le Nigeria retrouve un cauchemar qu’il croyait avoir partiellement conjuré depuis Chibok en 2014.
L’attaque du 29 juin : ce que l’on sait
L’attaque s’est produite dans la région de Lassa, district de Gwoza dans l’État de Borno. Ce secteur est historiquement l’un des plus exposés aux incursions jihadistes au Nigeria. L’ISWAP — branche locale de l’État islamique, distincte de Boko Haram depuis 2016 — y maintient une présence active. Les assaillants ont investi une école. Des élèves ont été emmenés de force. Les forces de sécurité nigérianes ont lancé des opérations de recherche immédiatement. Au soir du 30 juin, 37 enfants restent introuvables.
Amnesty International condamne et interpelle Abuja
Le 30 juin, Amnesty International a publié un communiqué exigeant la libération immédiate des 37 élèves et demandant des comptes au gouvernement fédéral sur la protection des civils dans le nord-est. L’organisation rappelle que l’État de Borno est une zone de crise chronique depuis plus d’une décennie. Elle dénonce l’insuffisance des dispositifs de sécurité autour des établissements scolaires dans la région. Cette interpellation directe à Abuja est politique autant qu’humanitaire.
L’ombre de Chibok ne s’efface pas
Le 14 avril 2014, 276 lycéennes avaient été enlevées à Chibok, dans ce même État de Borno, par Boko Haram. Certaines n’ont jamais été retrouvées. Ce rapt avait déclenché le mouvement mondial #BringBackOurGirls. Il avait mis la lumière sur une insurrection que le monde ignorait. Douze ans plus tard, le schéma se répète. Les acteurs ont changé — c’est désormais l’ISWAP plutôt que Boko Haram. Les victimes sont les mêmes : des enfants qui voulaient aller à l’école.
La Phase 9 des procès de masse jihadistes en toile de fond
La semaine dernière, le Nigeria lançait la Phase 9 de ses procès antiterroristes — plus de 500 suspects Boko Haram et ISWAP jugés à Abuja. Ce 30 juin, 37 enfants sont portés disparus à Lassa. La coexistence de ces deux réalités — une justice qui s’active à Abuja et un terrorisme qui frappe à Borno le même mois — illustre l’écart persistant entre la réponse institutionnelle à l’insurrection et la sécurité réelle des populations.
Le nord-est du Nigeria : une urgence qui ne finit pas
L’État de Borno a perdu des dizaines de milliers de civils depuis 2009. Plus de deux millions de personnes y sont encore déplacées. L’aide humanitaire internationale s’y épuise. Les ONG documentent régulièrement des atteintes graves aux droits des enfants. Les écoles sont des cibles privilégiées, car elles représentent symboliquement l’État et la modernité que les groupes jihadistes rejettent.
Quand 37 enfants disparaissent dans l’État de Borno douze ans après Chibok, le Nigeria a-t-il vraiment progressé dans la protection de ses populations les plus vulnérables — ou court-il toujours après une insurrection qu’il n’a jamais réussi à éteindre ?
Xolomo Tokpa

