Au premier trimestre 2026, le Burkina Faso affiche un excédent commercial de 1 232,7 milliards FCFA — un record historique. Les exportations ont bondi de 72 % sur un an. L’or représente 82,2 % du total. Le taux de couverture des importations par les exportations atteint 213,5 %. Les chiffres sont spectaculaires. Mais le litre d’essence coûte encore 850 FCFA à Ouagadougou. Contre 499 FCFA au Niger voisin, 875 FCFA en Côte d’Ivoire, 920 FCFA au Senegal. L’or enrichit les statistiques. Pas encore les ménages burkinabè.
Un excédent dopé par l’or et les cours mondiaux
Les exportations du premier trimestre 2026 atteignent 2 319,3 milliards FCFA — contre 1 350 milliards au premier trimestre 2025. La hausse est de 72 %. L’or brut en représente 82,2 %, soit une augmentation en valeur de 968,2 milliards FCFA. Ces performances s’expliquent d’abord par les cours mondiaux. L’once d’or s’est maintenue à des niveaux historiquement élevés depuis 2024. La Russie et les Émirats arabes unis absorbent l’essentiel des exportations — la Suisse et les Émirats cumulaient 93,8 % des ventes extérieures fin 2025. Ce n’est pas la transformation industrielle du Burkina qui produit ces excédents. C’est le prix de l’or sur les marchés de Londres et Dubaï.
Un excédent commercial record, des ménages sous pression
Pendant que la Direction générale des douanes publie ces chiffres flatteurs, les Burkinabè vivent autre chose. Le carburant coûte 850 FCFA le litre à Ouagadougou. Au Niger, pays de l’AES voisin et frère, le prix est de 499 FCFA. Un commentateur burkinabè l’a formulé sans détour : « Ces données macro-économiques n’intéressent point les Burkinabè. Le Burkinabè voudrait voir le prix du carburant baisser. » L’inflation alimentaire reste élevée. Les produits de base coûtent cher. La sécurité économique quotidienne n’a pas été améliorée par l’excédent commercial du Q1 2026.
La dépendance à l’or : une vulnérabilité structurelle
L’or représente plus de 82 % des exportations burkinabè. C’est une domination écrasante. Elle produit des excédents spectaculaires quand les cours sont hauts. Elle expose à des effondrements violents quand les marchés se retournent. Les produits agricoles — coton, anacarde, sésame — ne représentent que 5,4 % des exportations. Les produits transformés : 1,5 %. La structure exportatrice du Burkina Faso est encore moins diversifiée qu’elle ne l’était il y a dix ans. L’AES n’a pas changé ce fait. Elle l’a accéléré.
Que fait la junte de cet excédent ?
La question est légitime. Un excédent commercial de 1 232 milliards FCFA en un seul trimestre représente une ressource considérable. Où va cet argent ? Les dépenses militaires consomment une part croissante du budget national. La sécurité est présentée comme la priorité absolue. Les programmes sociaux et d’infrastructure passent en second. Le gouvernement Traoré ne publie pas de rapport détaillé sur l’allocation des recettes douanières et fiscales. La transparence des finances publiques reste une revendication de la société civile burkinabè — quand elle peut s’exprimer.
L’équation impossible de l’AES
Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont choisi la souveraineté. Ils ont chassé les partenaires militaires occidentaux, rompu avec la CEDEAO, expulsé les médias français. Ce choix a un coût diplomatique et économique. Mais l’or leur offre un matelas financier que leurs voisins n’ont pas tous. La vraie question n’est pas de savoir si les juntes gèrent bien les excédents. C’est de savoir si ces excédents se traduiront un jour en routes, en écoles, en eau potable et en sécurité pour les populations les plus éloignées du pouvoir.
Quand l’or du Burkina génère un excédent record de 1 232 milliards FCFA et que le prix de l’essence reste à 850 FCFA le litre, est-ce la preuve que la richesse extractive africaine n’a jamais vraiment profité à ceux qui vivent au-dessus des mines ?
Xolomo Tokpa

