Le sommet extraordinaire de la SADC s’est tenu lundi 29 juin par visioconférence. Présidé par Cyril Ramaphosa, il a examiné le rapport d’Arthur Peter Mutharika, président de l’Organe de coopération en matière de politique, de défense et de sécurité. Les dirigeants ont adopté une série de décisions. Leur message est clair : un calendrier de réformes précis et un dialogue inclusif sont désormais exigés de la junte malgache. La pression monte sur Antananarivo.
Le rapport Mutharika : ce qu’il contient
Le rapport présenté par Arthur Peter Mutharika s’appuie sur les missions d’évaluation conduites par l’ancienne présidente malawite Joyce Banda. Depuis janvier 2026, elle a effectué trois missions de navette à Madagascar. Son constat est nuancé. Des avancées existent dans le processus de réconciliation nationale. Mais des efforts supplémentaires restent nécessaires pour consolider les acquis. Le document examine également les enjeux sécuritaires et sanitaires dans l’est de la RDC, intégrés à l’ordre du jour du même sommet — preuve que la SADC traite ses crises en parallèle, pas isolément.
Ce que la SADC réclame concrètement
Les décisions adoptées lundi exigent deux choses précises. Premièrement, un calendrier de réformes clarifié et respecté — référendum constitutionnel entre mai et juin 2027, présidentielle entre septembre et décembre 2027, comme le prévoit le Programme de la Refondation remis par Antananarivo le 28 février. Deuxièmement, un dialogue véritablement inclusif associant la junte, les partis politiques, la société civile et les Églises — dont le FFKM, dont le calendrier propre reste flou sur la date de la présidentielle.
La junte de Randrianirina face à son test de crédibilité
Le colonel Michaël Randrianirina a pris le pouvoir le 25 septembre 2025, renversant Andry Rajoelina. Sa transition, baptisée « Refondation », a jusqu’ici coopéré avec la SADC — contrairement aux juntes sahéliennes qui ont rompu avec leurs partenaires régionaux. Cette coopération relative est un atout pour Madagascar. Mais elle ne garantit rien. La concertation nationale piétine sur le terrain, selon plusieurs observateurs locaux. Le Sud du pays devient un nouveau terrain de friction entre la Refondation et l’opposition.
Ramaphosa, médiateur sous pression multiple
Le président sud-africain préside simultanément la SADC et gère une crise migratoire intérieure majeure — l’ultimatum anti-migrants du 30 juin qui pousse des milliers de personnes hors d’Afrique du Sud. Cette double charge teste sa capacité de leadership régional. La crédibilité de la SADC comme garante de la stabilité australe dépend largement de sa capacité à transformer ce sommet en résultats concrets sur le terrain malgache.
Ce qui n’a pas été décidé
L’option de sanctions ciblées contre des responsables de la transition malgache, évoquée en coulisses avant le sommet, n’a pas été formellement adoptée. La SADC choisit la voie de la pression diplomatique plutôt que de la coercition. C’est cohérent avec sa doctrine historique — privilégier la médiation longue plutôt que la sanction rapide. Mais cette approche a aussi ses limites, comme l’illustrent les transitions prolongées au Zimbabwe ou en RDC.
L’enjeu régional dépasse Madagascar
Un échec de la médiation SADC à Madagascar fragiliserait la crédibilité de l’organisation pour gérer d’autres crises régionales — notamment celle de l’est de la RDC, abordée lors du même sommet. La SADC ne peut pas se permettre un double échec simultané sur ses deux principaux dossiers de crise.
Quand la SADC réclame un calendrier précis sans imposer de sanctions, fait-elle le pari réfléchi du dialogue patient — ou laisse-t-elle simplement à la junte malgache le temps de gagner du temps ?
Xolomo Tokpa

