Un vieux différend refait surface dans les couloirs diplomatiques. Réunie le 19 juillet 2026 à Lungi, la CEDEAO a exhorté la Guinée à retirer intégralement ses troupes des zones frontalières contestées de Yenga et Lofa.
Une frontière rouverte, des troupes toujours présentes
Le communiqué final du sommet félicite d’abord les autorités guinéennes et sierra-léonaises pour la réouverture partielle du poste frontalier de Yenga. Ce point de passage, situé le long du fleuve Makona, était fermé depuis le 28 avril 2025. Il a rouvert le 24 juin 2026 au niveau de Koindu-Nongoa. La Conférence des chefs d’État exhorte toutefois les autorités guinéennes à aller plus loin. Par conséquent, elle demande le retrait complet des forces militaires stationnées dans les zones de Yenga et de Lofa. Cette demande est formulée conformément au communiqué tripartite signé le 16 mars 2026.
Un contentieux vieux de plusieurs décennies
Le différend autour de Yenga ne date pas d’hier. En janvier 2021 déjà, le président sierra-léonais Julius Maada Bio avait dénoncé des « incursions » de troupes guinéennes dans la région. Il accusait alors Conakry d’empiéter sur les frontières terrestres et maritimes de son pays. Ces accusations avaient été rejetées à l’époque par la Guinée. Des tensions similaires sont réapparues plus récemment à la frontière avec le Liberia, dans la zone de Lofa. En effet, des tirs de sommation ont été rapportés le 11 mars 2026. Ce nouvel épisode avait élargi le mandat de la mission d’évaluation technique de la CEDEAO. Désormais, ce mandat couvre l’ensemble du bassin du fleuve Mano.
Une médiation multipartite en cours
Un sommet tripartite s’était tenu le 16 mars 2026 à Conakry, réunissant les présidents guinéen, libérien et sierra-léonais. Ce cadre de discussion vise à éviter toute escalade susceptible de fragiliser la stabilité régionale. Par ailleurs, le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, a été salué par la CEDEAO pour ses efforts de médiation dans ce dossier. De plus, la CEDEAO a instruit sa Commission d’accélérer l’évaluation technique des points de friction. Cette évaluation doit se faire en collaboration avec l’Union du fleuve Mano, l’Union africaine et l’Office des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.
Un test pour la nouvelle diplomatie guinéenne
Ce dossier frontalier s’ajoute à un agenda diplomatique guinéen déjà chargé. Le pays vient tout juste de retrouver sa place pleine et entière au sein des instances de la CEDEAO, après plusieurs années de suspension. La Guinée a par ailleurs rejoint la Task Force présidentielle sur la monnaie unique ECO lors de ce même sommet. De ce fait, sa capacité à résoudre pacifiquement ce contentieux frontalier avec ses voisins constituera un signal important sur sa volonté réelle de coopération régionale. Cela intervient à un moment charnière de son retour sur la scène diplomatique ouest-africaine.
La Guinée saisira-t-elle l’occasion de son retour institutionnel pour enfin résoudre ce contentieux frontalier historique ?
Xolomo Tokpa

