Ce mercredi 17 juin 2026, le sommet du G7 s’est clôturé à Évian-les-Bains. Il y a eu trois jours de discussions entre les sept grandes puissances industrialisées. Le Kenya était le seul représentant africain officiellement invité — l’Afrique du Sud ayant été écartée sous pression américaine. Pendant que Donald Trump dînait avec Macron au château de Versailles, le continent africain se retrouvait dans les discours de clôture. Mais y était-il vraiment dans les décisions ?
Ruto à Évian : représentant ou figurant ?
Le président kényan William Ruto était le seul chef d’État africain autour de la table d’Évian. Sa présence résulte d’un compromis diplomatique. L’Afrique du Sud avait initialement été invitée par Emmanuel Macron. Ensuite, Washington a menacé de boycotter le sommet. Paris a alors cédé, remplaçant Pretoria par Nairobi. De plus, le choix n’est pas neutre — le Kenya est perçu comme « plus aligné, plus stable et plus opérationnel sur les questions sécuritaires », selon un diplomate européen. Ruto, fraîchement doté d’un budget record de 4 820 milliards de shillings et d’un programme de réparations pour victimes de manifestations, arrive à Évian en position de demandeur de financement. Il arrive aussi en position de partenaire.
Le président de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, était également présent. Dans le cadre de la session de travail « Nouer de nouveaux partenariats et rebâtir la solidarité internationale », la BAD et la Banque mondiale ont siégé aux côtés des G7. C’est dans ce cadre que le dossier africain a trouvé son espace.
ATIDI : le mécanisme qui contourne Washington
Le résultat le plus concret pour l’Afrique à Évian est l’officialisation du mandat confié à la BAD pour structurer un mécanisme de garantie de première perte adossé à l’African Trade and Investment Development Insurance (ATIDI). En effet, la logique de ce dispositif est celle du contournement assumé des blocages de Bretton Woods. ATIDI n’est pas une institution du FMI ni de la Banque mondiale. Son tour de table est africain et bilatéral. Par ailleurs, son activation ne nécessite pas l’aval de Washington.
Macron a annoncé l’entrée de la France au capital d’ATIDI, deux semaines après l’Allemagne qui y avait souscrit 32 millions de dollars pour 3,5 % du capital. Chaque dollar de garantie de première perte fourni par ATIDI vise à débloquer plusieurs dollars de capital privé mondial sur des marchés africains. Certains marchés africains sont jugés trop risqués par les investisseurs institutionnels. Par ailleurs, le G7 a également publié une déclaration distincte sur la dette africaine — avec 1 100 milliards de dollars d’encours, le continent reste un terrain de négociation complexe entre créanciers occidentaux et la Chine. La Chine est désormais premier prêteur bilatéral.
Ebola, minéraux critiques et sécurité numérique : l’Afrique dans les textes
Le G7 a publié plusieurs déclarations sectorielles directement liées à l’Afrique. L’une d’elles appelle à une réponse coordonnée à l’épidémie d’Ebola Bundibugyo en RDC et en Ouganda — le lendemain même du sommet UA sur la crise sanitaire à Gitega. Une autre déclaration porte sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. L’Afrique détient une part déterminante des réserves mondiales (cobalt, lithium, manganèse, fer). Ces textes ne sont pas contraignants. Cependant, ils orientent les financements qui suivront dans les mois à venir.
Le dossier Sahel était également présent, mais en coulisses. Avec le retrait français du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Paris cherche une nouvelle architecture sécuritaire sur le continent. Elle cherche une architecture sans présence militaire directe. L’équation reste sans solution annoncée à Évian.
Ce qui manque : les chiffres de l’aide publique au développement
Le contexte budgétaire nuance toutes ces annonces. L’aide publique au développement française a été ramenée à 3,569 milliards d’euros en 2026. Cela représente une baisse de 36 % depuis 2024. À l’échelle du G7, l’APD a chuté de 23,1 % en 2025 — deuxième année consécutive de baisse. Les pays du G7 concentrent 97,5 % de cette diminution mondiale. Selon une étude du Lancet, l’effondrement de l’aide américaine via l’USAID pourrait conduire à 14 millions de morts supplémentaires dans les pays à faible revenu. Promettre de nouveaux mécanismes de garantie dans un contexte de contraction de l’APD, c’est proposer du levier privé là où le financement public s’évapore.
Un sommet sur l’Afrique ou pour l’Afrique ?
La distinction est fondamentale. Évian 2026 a produit des déclarations, des mandats institutionnels et des engagements capitalistiques partiels autour d’ATIDI. Toutefois, il n’a pas produit d’accord contraignant sur la restructuration de la dette souveraine africaine. Il n’a pas non plus produit de mécanisme de recanalisation effective des droits de tirage spéciaux vers les pays africains les plus vulnérables. Les blocages américains sur les réformes de Bretton Woods restent entiers. En outre, l’administration Trump, représentée à Évian, n’a pas signalé d’ouverture sur ces dossiers.
Quand le seul représentant africain d’un G7 a été choisi parce qu’il était « plus aligné » que son rival, l’Afrique était-elle vraiment à la table des décisions — ou simplement dans le décor des bonnes intentions ?
Xolomo Tokpa

