Togo : 2 000 hectares pour sauver l’or vert du karité

Au Togo, un arbre concentre l’avenir de milliers de femmes rurales, un enjeu climatique national et une ambition économique continentale. Le karité. Par ailleurs, le pays est le septième producteur mondial avec environ 50 000 tonnes d’amandes par an. Il vient de lancer, en partenariat avec la Corée du Sud, son programme le plus ambitieux pour cette filière stratégique.

Le GGGI et Séoul en renfort de Lomé

Le programme, piloté en partenariat avec l’Institut mondial pour la croissance verte (GGGI) et financé par le Service forestier coréen, s’articule autour de trois piliers. D’abord, la restauration écologique : 2 000 hectares de parcs à karité seront reboisés dans les régions Maritime, Centrale, Kara et des Savanes. Ensuite, la gouvernance locale : les coopératives de femmes et de jeunes seront au cœur du dispositif de gestion. Enfin, la modernisation économique d’une filière encore largement informelle et sous-exploitée.

Le choix de la Corée du Sud comme partenaire n’est pas anodin. En effet, Séoul a développé depuis les années 1970 une expertise reconnue en matière de reboisement à grande échelle. Le pays a transformé ses propres collines dévastées en forêts productives. Par ailleurs, ce transfert de savoir-faire s’inscrit dans la coopération Sud-Sud-Nord que le Togo cherche à diversifier.

Une filière féminisée, une ressource fragilisée

Le karité, c’est d’abord une économie de femmes. En Afrique de l’Ouest, la collecte, la transformation et la commercialisation des amandes reposent quasi exclusivement sur des coopératives féminines rurales. Au Togo, cette filière génère des revenus pour des dizaines de milliers de ménages dans les zones les plus enclavées du pays. Cependant, la ressource est sous pression.

La coupe de bois pour le charbon, la pression démographique et les dérèglements climatiques menacent la pérennité des parcs à karité. Ces arbres mettent vingt ans à produire leurs premières amandes. Mais leur régénération naturelle ne peut pas suivre le rythme de leur exploitation. Par conséquent, l’approche agroforestière retenue vise à inverser cette tendance. Elle le fait en introduisant des pratiques de gestion durable sur le long terme.

Un modèle à dupliquer ?

Le Togo positionne ce programme comme un laboratoire régional. L’enjeu dépasse les 2 000 hectares annoncés. Il s’agit de démontrer qu’une filière agricole africaine peut articuler souveraineté alimentaire, résilience climatique et autonomisation des femmes. En outre, il est crucial d’y parvenir sans dépendre des seules exportations de matière brute vers l’Europe ou l’Asie.

Sur ce dernier point, le défi reste entier. La quasi-totalité du beurre de karité transformé part à l’exportation vers les industries cosmétiques et agroalimentaires occidentales. Comme pour la bauxite guinéenne ou le cacao ivoirien, la question de la transformation locale reste posée. Ce programme y apporte une réponse partielle — mais ambitieuse.

Le karité togolais deviendra-t-il un modèle de filière agricole africaine maîtrisée de bout en bout, ou restera-t-il une matière première exportée à bas coût vers des marchés qui s’enrichissent à sa place ?

Xolomo Tokpa

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