Des milliards de dollars transitent chaque année entre la diaspora africaine et le continent. C’est l’un des flux financiers les plus stables et les plus importants de l’économie africaine. United Bank for Africa vient d’entrer dans la bataille pour les capter avec une plateforme bancaire et d’investissement dédiée. De plus, elle arrive sur un terrain déjà très disputé.
UBA joue sa carte continentale
La nouvelle plateforme d’UBA cible les millions d’Africains établis en Europe, en Amérique du Nord et dans le Golfe. Elle promet une expérience bancaire intégrée. Cela comprend la gestion des comptes sur le continent, les investissements dans des marchés africains, et des transferts simplifiés. Elle offre aussi un accès aux produits d’épargne et de crédit. Et tout cela se fait depuis une interface numérique unique.
L’atout d’UBA est sa présence physique : la banque opère dans 24 pays africains. Là où une néobanque ne peut offrir qu’une application, UBA propose un ancrage territorial réel. Elle dispose d’agences, de produits locaux, et d’une connaissance des marchés qui ne s’improvise pas. C’est son argument principal face aux plateformes purement digitales.
Un marché que les fintechs ont déjà transformé
L’arrivée d’UBA intervient dans un paysage bouleversé. Wave, WorldRemit, Lemfi, Nala et des dizaines de fintechs spécialisées ont transformé le marché des transferts d’argent vers l’Afrique ces cinq dernières années. Là où les banques traditionnelles prélevaient des commissions de 8 à 10 %, ces acteurs cassent les prix. Parfois, ces commissions tombent sous 1 %. Ils ont capturé une clientèle jeune, mobile, à l’aise avec les applications et allergique aux frais bancaires élevés.
Les transferts de fonds vers l’Afrique subsaharienne représentent désormais plus de 50 milliards de dollars par an, selon la Banque mondiale. Dans des pays comme le Sénégal, le Ghana ou la Côte d’Ivoire, ils dépassent en volume les investissements directs étrangers. Celui qui maîtrise ce flux maîtrise une part considérable de la liquidité africaine.
La confiance comme avantage concurrentiel
L’enjeu pour UBA n’est pas seulement technologique. C’est aussi une question de confiance. La diaspora africaine a souvent souffert de relations bancaires difficiles. En effet, il y a eu des comptes fermés dans les pays d’accueil, des commissions opaques, et des délais interminables. Les fintechs ont su exploiter cette frustration. UBA parie sur autre chose. L’atout est la légitimité d’une grande institution africaine, ancrée dans le continent, qui comprend les réalités locales mieux que n’importe quelle startup européenne ou américaine.
Ce pari n’est pas gagné d’avance. Les grandes banques africaines ont souvent tardé à embrasser la transformation numérique. Equity Bank au Kenya, Ecobank en Afrique de l’Ouest ont tenté des approches similaires, avec des résultats contrastés. La diaspora, elle, votera avec ses transferts.
Les grandes banques africaines peuvent-elles reprendre la main sur la diaspora face à des fintechs plus agiles — ou l’avenir de la finance africaine se joue-t-il hors de leurs murs ?
Xolomo Tokpa

