Guinée : le barrage de Fomi entre enfin dans sa phase décisive

Un siècle d’attente. Depuis 1922, la République de Guinée rêve de construire un grand barrage sur le fleuve Niandan, affluent du Niger. Ce projet — le barrage de Fomi — entre aujourd’hui dans une phase concrète inédite. Des protocoles signés, des partenaires mobilisés, une volonté politique affirmée. Conakry y voit un levier de transformation structurelle.

Un accord interministériel qui débloque tout

Le 3 juin 2026, le ministère guinéen de l’Énergie a abrité la signature d’un Protocole d’Accord Interministériel et Technique Conjoint avec l’Initiative pour le Bassin du Niger (INEM). De plus, cette signature acte une décision stratégique longtemps repoussée : la séparation officielle des composantes énergétique et hydro-agricole du projet.

Concrètement, le barrage de Fomi sera désormais concentré sur sa mission première — production d’électricité et régulation des ressources hydriques. Par ailleurs, le volet hydro-agricole, qui prévoit l’irrigation de 3 500 à 10 000 hectares de plaines, fera l’objet d’études et de financements distincts. En outre, cette restructuration technique vise à lever les blocages administratifs qui ont paralysé le projet pendant des années.

Les partenaires chinois en position de démarrage

La Guinée ne fait pas cavalier seul. Depuis février 2026, les entreprises chinoises TBEA, China International Water & Electric Corporation (CWE), Sinohydro et Yellow River Engineering Consulting Co. (YREC) ont été confirmées comme partenaires techniques et constructeurs du projet. De plus, un contrat EPC — conception, fourniture, construction clé en main — a été signé avec YREC pour un montant de 690 millions de dollars.

Le financement suit une structure précise : 15 % à charge de l’État guinéen (soit environ 103 millions de dollars), 85 % financés par une banque de développement chinoise. Ce modèle de financement sino-guinéen s’inscrit dans le cadre du FOCAC 2024. Par ailleurs, cet accord-cadre de coopération structure les priorités communes entre Pékin et Conakry.

La Guinée et le Mali, partenaires de bassin

Le projet Fomi dépasse les frontières guinéennes. En mai 2026, lors de la 8e réunion du Comité interministériel de concertation Guinée-Mali (CIC-GM), les deux gouvernements ont réaffirmé leur volonté commune d’accélérer la construction. Pour le Mali, pays enclavé dont l’agriculture dépend des crues du Niger, le barrage de Fomi est un enjeu existentiel. En effet, il régulerait les débits du fleuve. Ainsi, il sécuriserait l’irrigation dans le delta intérieur.

Ce partenariat hydrodiplomatique entre la Guinée et le Mali — deux pays qui ont par ailleurs des trajectoires politiques très différentes — illustre la capacité des intérêts économiques à maintenir des ponts là où la politique les coupe.

Un levier énergétique pour un pays sous tension électrique

La Guinée produit environ 800 MW d’électricité, dont une large part via le barrage de Garafiri et d’autres installations hydrauliques. Mais sa population, en forte croissance, et son secteur industriel — notamment minier — réclament bien davantage. Les délestages sont fréquents à Conakry. Des régions entières ne sont pas raccordées au réseau.

Le barrage de Fomi, avec une capacité installée prévue de 90 MW dans un premier temps, ne résoudra pas seul le déficit énergétique guinéen. Toutefois, il en constitue une brique essentielle. Ainsi, dans un pays qui ambitionne de devenir un exportateur d’électricité vers ses voisins d’ici 2035, ce projet est capital.

Le barrage de Fomi deviendra-t-il enfin le symbole d’une Guinée capable de transformer ses ressources naturelles en puissance économique régionale, ou rejoindra-t-il la longue liste des grands projets africains promis et différés ?

Xolomo Tokpa

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